LIBERTÉ ET FIDÉLITÉ EN TEMPS DE GUERRE

Hommage au Président du CIRET – Dr. Basarab Nicolescu

Mariana Thieriot Loisel, Le 31 juillet 2014.

1) AFFECTION ET DÉPENDANCE

Lorsque l’on se penche sur l’étude des émotions, tout un chacun peut constater leur plasticité, nos émotions évoluent, souffrent toute sortes d’altérations, la passion se mue en amitié, l’amitié en passion, la tendresse en dégoût, la dégoût en honte… Bref nous sommes affectés de formes diverses, par des objets ou des sujets qui nous conduisent sur la pente difficile de la dépendance. Toutefois de la même façon que les émotions nous aveuglent, nous emprisonnent à des choses ou a des personnes qui nous violentent, elles peuvent nous indiquer le chemin de la liberté.

En effet de façon traditionnelle, néoplatonicienne, dans un élan de maîtrise très cartésien, nous faisons appel à la raison lorsque les émotions se déchaînent et nous tirent à hue et à dia, comme une frêle embarcation dans une mer démontée. Toutefois comme le démontrent psychiatres et psychanalystes, depuis la découverte de l’inconscient par Freud, devant les flots de honte et de peur, le beau vernis de la raison s’effrite et les chutes et les rechutes nous guettent. Amours inoubliables, cigarettes cent fois rallumées, ongles rongés, anxiété omniprésente etc.… Les lumières de la raison s’éteignent et le détachement semble d’ autant plus complexe que la dépendance se présente comme un fait durable et qui s’est transformé en habitude, en présence à la fois rassurante et dangereuse : présence rassurante car elle nous conforte dans notre narcissisme, dangereuse car elle se veut comme indispensable.

Ainsi nous glissons dans les rets d’un être qui se veut tout puissant pour nous, sans lequel nous ne saurions survivre, qui nous guide, nous éclaire, mais aussi curieusement nous endoctrine et nous enlise.

Car nous ne savons plus rien sans lui : nos décisions deviennent ses décisions, ses craintes, nos craintes, ses limitations, nos limitations. Tout le monde est plus ou moins passé par là. Souffrir dans les mains d’une autorité abusive est un phénomène récurrent.

Imprégnés par une formation autoritaire et arbitraire nous pouvons parfois aveuglément reproduire le modèle et une fois autonomes devenir à notre tour insupportablement abusifs et arrogants. Ainsi parce que nous avons été brisés, nous brisons à notre tour. Cette spirale de blessures et d’offenses et bien connue sous la catégorie de « sadomasochisme ».

Ainsi l’enfant blessé devient le parent violent, l’amant trahi se mue en Casanova, l’élève passif se transforme en adulte doctrinaire, la victime devient bourreau et l’ordre se répète, névrotiquement, de façon menaçante et imbécile.

La liberté se présente donc forcément comme un modèle subversif, qui vient rompre

Une dépendance à une personne dont on perçoit les limites et les abus et que l’on refuse d’imiter. La liberté représente un changement de scenario.

Mais d’où nous vient la confiance et le courage pour nous dégager de ces liens pervers,

Qui nous rassurent et nous étouffent à la fois ? Ces liens d’épouvante ?

2) AMITIÉ ET LIBERTÉ : UN TIERS EXPOSÉ

Bien souvent c’est la présence d’un tiers, d’un médiateur, qui intervient, en temps de guerre, qui s’expose pour nous indiquer qu’il existe une piste pour se sortir du bourbier des relations que la vie nous impose et qui nous rendent malades.

Une institutrice ou un psychologue scolaire qui vont découvrir la maltraitance ou les abus, un ami qui va chercher de l’aide, un voisin qui entend des cris répétés et appelle au secours, une main tendue, un sourire, un casque bleu dans un champ de bataille, qui nous font signe que l’enfer peut avoir une fin, que le voyage au bout de la nuit possède un matin et commence alors un long et lent parcours de transformation.

Car comme il est complexe de se dégager de liens pathologiques qui se sont transformés en habitude ; l’habitude de fumer, de boire, de frapper ou d’être frappé, d’attaquer et d’être attaqué, l’habitude de se taire et de cacher ce que l’on ressent, de se blesser ou de s’anesthésier… Comme c’est difficile de rompre avec la honte d’être soi après avoir été humilié parfois une vie durant. La victime s’habitue au bourreau au point de l’aimer et tout cela à un je ne sais quoi ou presque rien de confortable, de telle sorte que la liberté s’avère difficile.

Il y a les rechutes, les retours en arrière ; les fameuses « régressions », on cherche désespérément le lait dans une poitrine sèche, dont la source s’est tarie avec amertume, il y a longtemps déjà. On tend une fleur et on reçoit une gifle. Inévitablement. Pourtant nous savions bien qu’il n’y avait rien à espérer de ce coté là. Mais on essaye comme un ultime retour au paradis perdu. On chasse au loin l’ami, le voisin, l’instituteur, le drapeau blanc. L’amitié est mise à l’épreuve de la sorte bien souvent. Le philosophe le sait bien lui qui se veut avant tout un ami. La philosophie et l’exil vont si souvent de pair.

3) LIBERTÉ ET FIDÉLITÉ

Or c’est la fidélité qui nous sauve et nous délivre, ces amis qui tiennent bon à nos cotés lorsque le bourreau rode. Ces amis toujours présents, toujours disponibles pour une parole porteuse, encourageante et qui indique le vent du large. Ils peuvent nous aider par qu’ils on fait la traversée comme nous, bien avant nous ; ils ont survécu à un cancer, à une dépression profonde, à un père alcoolique, à une mère anorexique et complètement narcissique, à un professeur doctrinaire, à la mort d’un proche, à un camp de prisonnier, à la torture et que sais je encore… On s’habitue à la liberté doucement, mais la liberté a un goût définitif… Ainsi on apprend à défaire les pièges, on flaire le bourreau de loin et l’on emprunte les chemins de traverse.

Vite une plume, un pinceau, le grand air, la grande évasion… Vers un jardin ouvert, qui n’a d’autre secret que sa splendeur et où être soi n’est ni honteux ni blessant, car être soi est profondément libérateur. Le papillon s’échappe et laisse le collectionneur bredouille, ses filets sur les bras.

Plus tard, un jour peut être on se reverra… Mais plus aujourd’hui. Car aujourd’hui est orange et la branche est haute. L’amour incite à grandir et à créer, il guérit les plaies profondes de son écoute attentive, de sa présence annoncée et explicite à nos cotés. Aujourd’hui l’histoire et belle et la fin est heureuse sur l’écran de mon ordinateur. Il y a un sens, artisanal, humble, bricolé qui nous permet de durer. Il y a des couleurs, des sons, des odeurs, des sens ébahis, flattés et ton éclat de rire. Oh ce n’est pas un rire moqueur ni cruel, ce n’est pas un rire fat, ni blasé, c’est un rire fort, joyeux et clair, plein de bonté et de douceur. Certains sont morts pour le droit à ce rire là.

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