Un piège qui se défait

Tout les critiques, et je les rejoins, font un bilan des résistances et des pièges dans lesquels peuvent nous entrainer la transparence et la sérénité affichée de l’espoir, lorsque les codes sociaux adoptés par l’environnement sont ceux de la méfiance, des comportements agressifs, pessimistes, compétitifs, hiérarchisés, et des enjeux narcissiques placés au premier plan.

Peu à peu et devant l’incompréhension ou la mauvaise interprétation de ce qui est une politesse de l’être, un comportement de détachement, neutre, à priori confiant et aimable, la tendance des gens sincères est celle de la retraite, du repli sur soi et d’une perte de leur spontanéité.

Actuellement il semble en effet assez dangereux dans des sociétés occidentales hautement compétitives et agressives, d’afficher comme les personnages de Pagnol, la joie de vivre, le franc parler, le goût pour la méditation et la générosité. Un tel comportement risque fort d’être soupçonné d’être aliéné ou s’il ne l’est point, tout compte fait il sera jugé assez niais ou déplacé: on fait souvent des honnêtes gens, des gens simples, les têtes de turcs ou les idiots du village, ce qui explique assez bien qu’ils se mettent à l’abri dans des refuges et les monastères reculés : ce qui explique bien leur absence.

Peut on avancer à visage découvert et souriant dans un monde où le paraître fait recette et définit la valeur de l’être ? Dis moi qui tu parais et cela suffira à définir qui tu es.
Or les masques se vendent cher, ainsi que tous les assortiments du bal masqué. Voilà notre Candide piégé, tendu, persécuté ou agressif : il sera au mieux ésotérique, au pire, un anormal, un marginal, un « looser ». Il ne trouvera d’autre issue que celle de la fugue dans un refuge à l’abri des grands comédiens de la société, la thérapie, pour penser à la façon de survivre dans une société compétitive en ayant des valeurs humaines profondément coopératives, ou de, finalement, se terrer dans la misanthropie.
Or Patanjali nous indique comment déjouer le piège, avec le concept d’Avasthanam : l’idée de « reposer » qui contient en soi la notion d’accueil et de détente, de s’abstraire du contexte pour reprendre le contact avec son être.
Le reflet du sujet qui médite et cherche à adopter des attitudes fondées sur des hautes valeurs de paix, d’évolution et de coopération, est comme la lumière qui passe à travers une fenêtre ouverte: cette lumière a jailli en lui, résultat d’une longue pratique intérieure de penser en l’autre.

Elle déborde de son être et n’est pas tributaire du regard de ces semblables, lueur bien différente du reflet renvoyé au sujet par l’évaluation, toujours contextualisée, biaisée et toute relative de son entourage. C’est un rigoureux examen de conscience et non une opinion de ses semblables qui doit le conduire à la détente, parce qu’effectivement il parvient à ne pas nuire ou blesser ni lui-même ni ceux qui l’entourent et il parvient même à s’équilibrer et trouver la paix en lui et avec son entourage.
Autant dire tout de suite que cet état est extrêmement difficile et ardu à atteindre et qu’il n’est pas en vente dans les pharmacies ni dans les supermarchés, et encore moins dans les institutions de nos sociétés contemporaines. Dire également que le vieil adage « pour vivre heureux, vivons cachés » reste hélas assez actuel. Nous continuons de traverser de sombres temps où la retenue et la prudence sont de mise…. Et où l’on peut conseiller de trouver un refuge pour la pratique du yoga et de la méditation de façon générale dans un lieu protégé à l’abri du bruit et de la fureur de nos combats quotidiens. Il nous appartient cependant à long terme et collectivement, par égard à nos enfants, de défaire le piège du miroir qui semble nous avoir subjugué; celui où l’image avec tous les attributs de la richesse, de la jeunesse semblent valoir beaucoup plus que le contenu de la personne elle même, son parcours, sa pensée.

Cette course effrénée à qui aura la meilleure image gère une incalculable perte de temps et d’argent. Peut être les enfants pourront il avoir la joie de voir un piège qui se défait et retrouver leur part manquante. Cette part qui les guide à pas de danse vers eux-mêmes; de l’extérieur vers l’intérieur, de l’absence vers la présence.

Mar Thieriot Loisel In Le Printemps peut-être Ed. Le journal des chercheurs, Paris edité par René Barbier

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