En paix

Takeuchi Seiho, – “Série Fuji”

Ne rien attendre
Ne rien espérer
Ne rien quêter
Serrer les poings plutôt
Nouer les mâchoires
Prononcer les mots
que l’on croyait…
Impossibles
Traverser le miroir
où l’illusion se love
Où le mensonge nous happe
Où le mal nous endort
Ou nous anesthésie
Brancher les fils du rêve
Trancher la tête de la méduse
qui nous pétrifie
Et chevaucher Pégase enfin,
Les ailes de la vie déployées et fières.
Malgré les vents contraires
toucher les doigts frêles et émus
un réel tiède
Présence entière
Qui ne miroite rien
Ne formule pas de promesses
Mais voit l’âme sourire
Paisible
Écrire l’infini.

Mar Thieriot

Ne plus toucher à l’échiquier

Evening beach – Ursula Abresch

Ne plus toucher à l’échiquier
Laisser, telles quelles,
Dans la poussière,
Les pièces reposer.
Sisyphe dort,
Une pierre a dévalé la pente,
s’est noyée dans la mer.

La fatigue s’écoule
Comme une vague,
J’ai déposé ma croix
Au sol fertile.

Une étoile
Rejoint le fond marin…
La vie se fait silence,

Un chant se lève.

Mar Thieriot

Intranquille mêlée de rêves

Huille – Mar Thieriot

Intranquille
Mêlée de rêves
ivre de vide
Telle une survivante
De l’éclair

la pensée aiguisée
vive et tranchante

Les mains
Charriant la lumière
de l’automne
Charriant l’infini

J’offre
sur une lame fine
Les nouvelles
Du Lointain

Impressions de l’automne 2017

Mar Thieriot

Rosé

Rosé

Oil on canvas – Mar Thieriot

ROSÉE
Commencé le 25 mai 2013,

« Pratiquer la voie, c’est parfois laisser tomber l’esprit,
et parfois s’en saisir. On étudie en pensant, et aussi
en ne pensant pas [1]» poursuit Dôgen.

Entre nous,
Ton regard noir
mon silence blanc et calme,
Alternent
sans partis pris
Au gré du vent
D’un échange
qui se répète

L’esprit alerte
Parfois diligent et cendré,
Parfois en jachère
Je m’éveille
À ce souffle second

À la rosée d’un matin

L’or goutte entre mes doigts
Comme un soleil secret
Se confie

Tu prends les doigts, l’or du soleil,
l’échange et le vent.

[1] [1] DÔGEN in Corps et Esprit, la voie du zen, p.24, Paris, Gallimard, 2013.
Mots et image Mar Thieriot

Comme les tortues

Photo: Crédit P.P. Bernardo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme les tortues
et les escargots
Je porte l’essentiel avec moi
Le coeur
La pensée
Les pas
– L’armure
J’ai appris à me reconnaitre
Voyageuse
D’un monde
À l’autre.

Notre seule vraie patrie
Notre maison.
ce « beau danger d’écrire »
Et les compagnons
choisis entre tous
Une poignée de poètes
De peintres
De génies
D’oiseaux

Pour eux le rêve
Se fait présent
Sur le vent
Où les voiles
mènent
Au-delà
mènent
Ailleurs
mènent
Au plexus solaire
À la cible perforée
D’une déclaration
furtive
Loin de la limite
En cet instant pauvre
où la parole déborde
Comme une Lame
De fond
Constance lucide

Mar Thieriot

Couleur de bout de la nuit

 

 

Couleur de bout de la nuit
Les vagues de souffrance
envolées
La lumière basse
Adoucit nos jour

Il se lève
Pour nous,
Une nuit étoilée

Calme
Claire
Avant de sombrer
dans un sommeil
Peuplé de tous les songes

Lentement tu ouvres
Mes yeux myopes
sur le soleil noir
D’un automne irréversible.

Mar Thieriot in “Née de la dernière pluie” – Inédit

Myopie

Photo – Patrick Loisel

 

Tombée du soir automnale
Peuplé d’ombres
Parfumées et brûlantes

La vie coule
Force fragile
De tes mains ridées
De mes yeux cernés
De gris et de myopie
De nos yeux d’eau
Pour boire en enfer
De tes griffes d’aigle
Blessé
De ton sommeil indifférent
À ton entourage

Un voile se lève
Sur une nuit profonde
Où luisent lointaines
Les étoiles silencieuses
Un scalpel tranche la chair
De nos mémoires
Le cœur se bat
Pouce à pouce
Pour tenir
Une aube encore

Mar Thieriot

Brancher les fils du rêve

brancher les fils

“Homme qui chavire”, 1950 – Alberto Giacometti, [1901 – 1966]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brancher les fils du rêve
Trancher la tête de Méduse
qui les pétrifierai
Et chevaucher Pégase enfin

Les ailes de l’imaginaire
déployées et fières

Se battre pour un sort meilleur
Malgré les vents contraires
– Puis
CHAVIRER
Danser
La vie.

Mar Thieriot