Le Pèlerin

Motif 6  - huile sur toile de Mariana Thieriot Loisel |  Photo: Patrick Loisel

Motif 6 – Huile sur toile de Mariana Thieriot-Loisel | Photo: Patrick Loisel

Une poignée de fleurs généreuses en bandoulière,
Il se tient sur le seuil
Comme une promesse d’aube.
Le jour se lève avec sa marche :
Il est éclaircie.
Le Sens lui file  entre les doigts
Comme du sable très fin.
C’est le silence qui le porte.
Secret, il enlace le  monde
Bleui sous ses paupières sages,
D’un regard souriant.
Ses pas doux et droits mènent
À nulle part.
Au début, comme à la fin :
Il est chemin.

Mariana Thieriot – Loisel

O peregrino

Motif 5 - Huile sur toile de Mariana Thieriot-Loisel | Photo: Patrick Loisel

Motif 5 – Huile sur toile de Mariana Thieriot-Loisel | Photo: Patrick Loisel

Um punhado de flores generosas, nas mãos

Ele se mantém no solar da porta

Como uma aurora promissora.

O dia se levanta com seus passos

Ele clareia.

O sentido escorrega entre seus dedos,

Como finos grãos de areia.

O silencio o move.

Secreto, ele abraça o mundo

Azulado sob suas pálpebras quietas,

Com um olhar manso.

Seus passos sorridentes não levam

 a parte alguma.

No início como no término da jornada,

Ele é o caminho do Sábio.

 

 Mariana Thieriot Loisel,

12 Janvier 2015. Montréal.

La pointe de la plume – Mariana Thieriot Loisel

«Ne te courbe que pour aimer»  René Char

 

LA POINTE DE LA PLUME

Je reprends la plume des paumes généreuses d’un poète,
Bien que je ne croie pas que le ciel parle,
Si ce n’est par la grâce d’un verbe muet.
Pourtant je m’incline,
J’allume avec constance la flamme d’une chandelle de nacre,
J’égaye l’atmosphère avec des bâtonnets d’encens parfumés !
Je nous respire : je nous délivre
En conjurant les maux du ressentiment ;
J’observe miroiter les gouttes
D’une pluie matinale et fraîche,
Qui scande le temps comme une sonate retrouvée…
L’aile d’un ange.
Et je me laisse bercer par la douceur d’une ombre
Qui sait chanter :

«L’aiguillon ne renonce pas à sa cuisson et nous à notre espoir»[1]

 

LE  LUTH  ÉTOILÉ  DEMEURE

Nous avons échangé très vite, à peine…
Suffisamment toutefois, pour qu’avec quelques simples tournures de phrases,
Les poèmes  appris par cœur, qui inspirèrent mon adolescence
Revenus  en bouquets colorés et ardents
Dévoilent un jardin, enfoui profondément dans la mémoire,
Comme un secret  jalousement gardé.
Et mes pinceaux ce jour là, ont chanté pour nous.
À présent la maison est à l’envers,
Il y a des travaux, du chaos de toutes part,
Pour la cause littéraire.
Nous avons besoin d’étagères.
Je m’abrite cependant dans la poésie,
Comme dans un  havre suspendu,
Un jardin au dessus du vide.
Le temps de dessiner dans le néant,
Les contours une fleur,
D’un vers sonore,
Pour le remercier:

«Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain :
Cueillez dés aujourd’huy les roses de la vie». [2]

 

LA FLAMME ET LA FLEUR

En parcourant les tristes nouvelles de tous les sacrifiés,
Dans les barbaries doctrinaires,
Je bute sur une question d’une actualité poignante :
Comment écouter les nouvelles, préserver son équilibre
Et continuer de vous écrire?
Les vagues de violence et de tristesse injuste déferlent,
La planète saigne.
Un sentiment de nausée et d’insatisfaction transpire de toutes parts,
Haut et fort.
Tout semble empirer journellement.
L’aspiration naïve à la paix semble presque indécente,
Je chuchote pourtant à mi –voix ma foi renouvelée
En nous autres.
Nous ne sommes pas dépossédés de tout.
La faculté de comprendre, de dialoguer, de pardonner
Et de recommencer, demeure.
Cependant pour cela un « espace-temps » semble nécessaire.
Je l’ai compris il y a quelques années dans les parois réconfortantes
D’un temple chinois à la banlieue de Sao Paulo : à Zulaï.
Un « espace-temps » de décélération, de recul,
Un abri loin des champs de bataille médiatiques
Et de l’exaltation par beaucoup d’une fureur  vengeresse.
Bien souvent ce temple était vide.
Je revois le sourire de Sincérité, vêtue de gris, douce et calme.
J’accueille son sourire si vivant dans ma mémoire avec gratitude.
Je l’imagine, assise parmi les siens, impassible
Devant la lueur d’une flamme fleurie:

«Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues»[3]

 

ENSEMBLE

La maison plongée dans la musique,
Assise en Lotus, j’accompagne l’aube.
Une nouvelle semaine ouvre ses portes,
Avec son lot d’imprévus et de désordres
Et cette étincelle de joie de nous savoir vivants.
La pluie égaye un  automne rouge et frais.
Je me déplace lentement.
Surtout ne pas oublier les temps morts dans un parc,
La conscience calme de respirer avec d’autres
La même eau vive, qui éclaire nos désastres.
Non tout ne sera pas positif,  tout ne sera pas heureux et étale,
Cette semaine… Il y a des pays exaltés et des hommes en feu.
Mais nous irons ensemble. Nous irons des pas que nous pouvons
Etant donné les circonstances agitées :
Un sourire discret, un salut, le jour se lève et se bat pour durer.
Debout, en lotus,
J’accompagne  une aube lucide, de quelques mots d’amour:

«Plus que l’air marin la doulceur angevine».[4]

 

DE L’AUTRE COTÉ DU PONT

Des perles de gris irisent le ciel,
J’adore ce jour qui se perd dans la brume,
Je fuis l’ensoleillement abrupt et me plais dans l’ombre fraîche,
L’air qui vivifie, le temps oscillant
Vos nuances de cristal.
Ma myopie  guérie, je serai aviateur ou oiseau ;
Pour la musique et pour l’envol.
Dans un pas de chat harmonieux et souple, alors,
Je traverserai:

«Toute beauté est un vœu exaucé !»[5]

 

LE MONDE IMMÉDIAT

Vite, ne rien perdre de la muse qui souffle à mon oreille :
L’écho retrouvé de son silence sage.
Elle guide ma voix:
Décrit le calme, la profondeur bleutée,
Et la joie d’être ici maintenant, bien tiède et vivante.
Ne perds pas une miette de poésie,
Sois attentive à tes vers,
Ils passent la frontière,
La douane de la honte,
Ne les retiens plus.
Raconte les larmes, d’avoir compris, seule,
La nuque penchée sur les traces noires,
Malgré la fatigue,
De sa partition:

«Nul n’innove que le fidèle»[6]

 

LES SECRÈTES MESURES DU MONDE

Plusieurs années de silence m’ont éloignée de vous.
J’étais occupée à lire et noircir des pages vite brûlées,
Par l’insatisfaction.
Je ne m’excuse guère pour cette absence essentielle.
Voilà que le retour me semble difficile.
La fureur sonore et banalisée de la violence
Du monde de Panurge.
Faut-il le suivre ?
Tout bien pesé le recueillement me sied bien.
Le bleu de l’œuvre a éclot libre,
Le secret a été sa condition.
Pourtant vous m’appelez à votre conférence…
Je revois l’amphithéâtre plein, les micros,
Le silence crispé, les tempes moites,
Vos démonstrations magistrales,
Et je crains fort d’être un albatros empêtré
Dans ses larmes,
La douleur de l’atterrissage est indicible.

  «L’esprit est plus vaste que le monde»[7]

 

 

L’EXCEPTION HEUREUSE

L’exception heureuse
A jaillit soudain comme un soleil gris,
Un matin pâle et inattendu.
Des flots de vers ont baigné ma mémoire éblouie
Je me  suis reconnue, mes amis, à vous lire,
Et je me comprends mieux à présent.
Il faut oser saisir à pleines mains
Le courage de dévoiler ses paysages nocturnes,
Ses jachères, les hivers pensifs
Et la patience douce, qui a renoncé à convaincre
Et se plait à raconter :

«Écrire c’est évoquer des tapisseries merveilleuses.
De celles qui nous emportent…»[8]

 

LE CŒUR DE LA ROSACE

Mes mots s’offrent à vous dépouillés, monochromes,
Sans dorures ni ornements.
Le ciel pâle et la lumière crue dénudent
Les ossements d’une forêt solitaire et sombre.
Il y a dans tout ce dépouillement,
Un dévoilement soudain.
Les adroites gravures orientales anciennes
Aiment à reproduire les paysages de cimes enneigées.
Le Sumie se fait en noir et blanc :
Les encres chinoises sont hivernales.
Toutefois les formes simples sont devenues presque insupportables à l’occidental.
Robert Lissen relie:

«Simplicité et vision juste».

Cependant, ajoute Robert Lissen

«Il est pour nous très compliqué de redevenir simples. »[1]
[1] Robert Lissen in Bouddhisme zen et yoga, site Maaber- Syrie.

L’auteur a vu juste.
Accepter avec gratitude, comme celui qui parvient à une cime blanche en hiver,
De s’arrêter devant l’éclat de la vérité:

«La pointe de la plume est le cœur de la rosace»[10]
«Créer sous le langage un courant souterrain d’impressions. Permet la substitution à la poésie du langage d’une poésie dans l’espace»

Antonin Artaud Le théâtre et son double
http://enseignerpartager.free.fr/documents/certification/lectureartaud.pdf

 

UN  CIEL DE SILENCE RETROUVÉ

L’inspiration a tardé à venir,
Septembre passe pluvieux et frais.
A peine arrivé, déjà sur le départ :
Au Québec, l’été traverse l’année comme une bouffée  de chaleur impromptue,
Apportant les nouvelles d’un monde blessé,
Qui cherche dans les larmes, un complexe « bien commun ».
Les terrasses se vident de touristes,
Le jazz s’est tu, dans les rues à nouveau calmes et vides.
Les arbres rougeoient.
Vos pages se succèdent et mes fenêtres sont enfin ouvertes sur les tons d’un infini possible.
Vous regardez dans le ciel l’azur et l’or,
Moi je me grise de son silence.
Là,

«il n’y a pas de porte,

Ou bien elle est ouverte depuis toujours.
Dans ce bleu j’entends parfois un rire,
Le même que celui des fleurs.
Impossible de l’entendre sans le partager».[11]

«Le droit de dire ce qui a été dit et même ce qui n’a pas été dit d’une façon qui nous appartienne et qui soit immédiate, directe».
ARTAUD, Antonin in Le théâtre et son double
http://enseignerpartager.free.fr/documents/certification/lectureartaud.pdf

 

LA GÉNÉROSITÉ D’UN MOUVEMENT

« Il est dit : celui qui connait la joie du ciel, sa mort
N’est qu’une métamorphose; son repos s’identifie à l’obscurité, son mouvement à la lumière».[12]

Être calme comme la tombée du soir, au milieu du chaos quotidien,
Laisser le jour mourir en soi et renaitre :
Clair, comme un matin après l’orage,
Joyeux, comme le ciel d’un sage qui ne se dérobe pas au combat : Défendant et tentant de «  sauvegarder l’exception heureuse car elle seule, de par la générosité de sa force, sa prédisposition dionysienne et dispendieuse, peut donner l’exemple d’un dépassement du nihilisme, condition de toute civilisation »[13]
Non:

«La lumière n’est pas faite seulement pour colorer». [14]
«Poésie qui ne peut avoir toute son efficacité que si elle est concrète, c’est à dire si elle produit objectivement quelque chose, du fait de sa présence active sur la scène»   Artaud [1]

 

UNE GRADATION INFINIE DANS UN PAYS DE PAGES

Certains composent depuis l’enfance,
Le paysage littéraire pour eux semble familier, parlant,
Bercé par une mémoire affective:
Ils y lisent leur histoire écolière commune.
Pour d’autres, il y a l’arrivée de l’autre coté d’un miroir dé-formant,
Le sentiment de déterritorialisation, de non lieu.
Le temps de comprendre un sens, à priori, hermétique :
De saisir comment employer au mieux les nuances d’une oeuvre,
De regarder autour de soi, de déchiffrer les nouveaux signes
De ce pays de pages,
Puis, calmement trouver ainsi comme Artaud, son souffle second[2].
La mémoire est à venir et la poésie à voir :

« Ce qu’on voit nous change, ce qu’on voit nous révèle,
Nous baptise, nous donne notre vrai nom ».[3]

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[1] ARTAUD,Antonin in Le théâtre etson double http://enseignerpartager.free.fr/documents/certification/lectureartaud.pdf
[2] ARTAUD,Antonin in Le théâtre etson double em>http://enseignerpartager.free.fr/documents/certification/lectureartaud.pdf
[3] BOBIN Christian in L’homme-joie,p.32, Edition L’iconoclaste, Paris, 2012.

–  Tout vrai sentiment est en réalité intraduisible. L’exprimer c’est le trahir.
–  Il ne s’agit pas de supprimer la parole au théâtre mais de lui faire changer sa destination, et surtout de réduire sa place.
–  Manipuler la parole comme un objet solide et qui ébranle les choses»
ARTAUD, Antonin in Le théâtre et son double http://enseignerpartager.free.fr/documents/certification/lectureartaud.pdf

 

COMME LE NUAGE PORTE LA PLUIE

« Qui possède la vertu du ciel agit,

Tout en restant en paix.

Son influence s’exerce comme la lune et le soleil répandent leur lumière, comme les quatre saisons se succèdent, comme le jour et la nuit ont leur régularité, comme le nuage amène la pluie ». [15]

Mais qu’est-ce que la vertu du ciel?

-«Ébranler». Prophétiserai Artaud…

«Ce n’est point vous, ombre chatoyante et murmurante, qui passez sur la pierre vénitienne, qui viendrai à me contredire sur ce point, la Beauté passe avant »[16]

Ainsi, ce matin il ne cesse de pleuvoir,
Une  eau douce et calme, comme un baume,
Un pleur simple et qui soulage,
Les plaies de ma fatigue et de ma difficulté ingénue
À dessiner des mots qui nous demeureront fidèles.

 

SEUL LE SILENCE GUÉRIT

«Le silence guérit»[17], me souffle un moine, Bénédictin. Pourquoi? Et à quel silence se réfère-t-il ? Peut-être au silence, après le chant; qui s’ouvre sur l’écoute de tout ce qui nous tellement blessé, humilié… et qui autorise une réflexion et un dialogue sur les vraies causes de ces blessures? Sur le ressentiment?

Peut-être songe-t-il  au silence qui installe la tranquillité autour de nous et rend la détente et le repos enfin possible?
Peut-être parce que le silence exprime une profondeur que les mots semblent impuissants à atteindre?
Peut-être, encore, parce qu’il constitue une porte vers notre  vie intérieure et qu’à partir d’elle nous nous comprendrons mieux?
«L’amour a besoin de temps». [18]

«Ce qui est dit en théologie, vaut à la fois pour le monde
Extérieur et pour le monde intérieur. Toute méditation théologique est une méditation « intersectrice »,
Une méditation sur l’orée, frontalière…»[19]

Et sur les pentes, parfois abruptes, de la poésie,
C’est en silence, que nous communions

« C’est que la vraie poésie, qu’on le veuille ou non, est métaphysique»

 

Artaud in Le théâtre et son double 

em>http://enseignerpartager.free.fr/documents/certification/lectureartaud.pdf

 

UNE ÎLE

Une ile en Amérique :
Comment hisser des ponts,
Entre l’aspiration à harmonie et le chaos qui nous divise,
Entre l’équilibre nécessaire et la désorientation coutumière,
Entre la générosité et l’auto-préservation?

Comment : «Réatteindre au sublime « [20] ?
Où se trouve la ligne de crête, le passage
Vers le sens de la solitude insulaire et voulue et l’absurdité des rivalités collectives qui se perpétuent?
Frêle frontière poétique, mince filet d’eau,
Qui jaillit entre les mondes pluriels,
Vers une terre irisée de partage;
Qui « assure la possibilité d’un recours,
D’une recouvrance»[21]

 

SOUVENT SUR LE DÉPART

Partir, de proche devenir lointaine :

«Un geste porte avec lui sa force»[22]

Cela  m’a enseigné à accepter le défi et le risque d’un saut vers l’imprévisible et l’inespéré.
Au détour d’un itinéraire, face au dépaysement absolu, chacun peut faire l’expérience du talent humain pour reconstituer rapidement son univers familier dans un milieu à priori étrange.
Comme les tortues et les escargots je porte l’essentiel avec moi : le coeur, la pensée et les gestes, sans omettre une bonne paire de lunettes.
J’ai appris à me reconnaitre dans ceux qui se désignent comme « navigateurs »; des passeurs de sens d’un monde à l’autre.
Notre seule vraie patrie, notre «axe»[23]  consiste en le «beau danger d’écrire»[24], et la famille choisie : une poignée de poètes, de peintres et de marins.
Pour eux le rêve se fait présent sur les voiles qui nous mènent au-delà de la limite de l’instant, là où la douceur ondule comme une vague, avec constance.
 

QUE LA JOIE DEMEURE

Les mauvaises nouvelles se poursuivent, à présent la belle Hong Kong se soulève.
Une amie m’envoie une vidéo sur notre « corps de douleur » :
Le Sfidante. Le difficile. Corps collectif soumis à la colère,
à la tristesse de la peur.
Corps non intentionnel, forgé à coup de bien mauvaises nouvelles.
Mais… Michelangelo dure dans la Pietà.
La vie dans l’oeuvre du compositeur allume la lumière de nos sombres temps.
Rien qui ne vienne uniquement du dehors.
Ses vestiges induisent le dépassement.
Aux cotés de la violence, nos textes, nos chansons, nos poèmes,
Nos vies vouées à la beauté sont bien là,
J’en demeure persuadée.
Cette aube où le sommeil m’a fui,
Délie m’a consolée.
Le souvenir de dizains habités d’un amour infaillible pour tout ce que nous sommes.
En dépit des mauvaises nouvelles du matin.
DÈS DEMAIN, L’AMITIÉ

Pour le philosophe l’amitié est un style de vie.
Une manière d’accueil à priori des autres et de la vie,
Presque un métier à vrai dire, qu’il fête à chaque aube.
Il y a des amitiés fidèles qui traversent vaillamment les ans,
Des amitiés soudaines, impromptues, des amitiés par correspondance,
Des amitiés qui se tissent dans les réseaux sociaux qui se croisent.
Sa cognition est affectée, elle n’est donc pas tout à fait
Scientifique, elle déborde, comme une tasse généreuse…
Penser oui, mais penser l’aurore, entre nous: «avec et pour l’autre»,
Et comme souligne souvent Levinas, je cite, avec joie: la réciproque à l’autre, c’est son affaire !

———————————————

[1]  René Char in « L’éclair me dure » in Les Matinaux, 1950.
[2]  Pierre de Ronsard (1524-1585) «  Quand vous serez bien vielle »
[3]  Paul Verlaine in Mon rêve familier
[4] Joachim DU BELLAY : « Heureux qui comme Ulysse, a fait un beau voyage »
[5]  L.O. d’Algange in L’Ombre de Venise, Ed. Alexipharmaque, 2007.
[6] L.O. d’Algange in L’Ombre de Venise, Ed. Alexipharmaque, 2007.
[7]  L .O. d’Algange in L’Ombre de Venise, Ed. Alexipharmaque, 2007.
[8] L .O. D’ Algange in l’Ombre de Venise, Ed. Alexipharmaque, 2007.
[9] Robert Lissen in Bouddhisme zen et yoga, site Maaber- Syrie.
[10] L .O. D’Algange in L’Ombre de Venise, Ed. Alexipharmaque, 2007.
[11] BOBIN Christian in L’homme-joie, p.180, Edition L’iconoclaste, Paris, 2012.
[12] Tchouang- tseu in Joie suprême, p. 37, UNESCO, 1967.
[13] L .O. d’Algange in L’Ombre de Venise
[14]  Artaud, Opus cit.
[15] Tchouang- tseu in Joie suprême, p. 43, UNESCO, 1967.
[16] D’Algange, L O. in L’Ombre de Venise, p.2, Ed. Alexipharmaque, 2007.
[17] GRÜN, Anselm in L’Art de vivre en harmonie, p.146, Ed. Albin Michel, France, 2004.
[18] Ibidem, p.197.
[19] D’ Algange, L .O . in L’Ombre de Venise p.6 Ed. Alexipharmaque, 2007.
[20]  ARTAUD A. Opus cit
[21] D’Algange L.O. in L’Ombre de Venisep.4 Ed. Alexipharmaque, 2007.
[22]  A. Artaud In in Le théâtre et son double http://enseignerpartager.free.fr/documents/certification/lectureartaud.pdf
[23]  D’Algange L.O. in L’ombre de Venise Ed. Alexipharmaque, 2007.
[24]  Foucault Michel in Le beau danger Ed. EHESS 2007.

La cime blanche | The white peak

Picture "Shisaku in Iki Province", Utagawa (Ando) Hiroshigue (1797-1858) - No.68 of the series "Famous Views of the 60-odd Provinces", 1853- 56.

Picture “Shisaku in Iki Province”, Utagawa (Ando) Hiroshigue (1797-1858) – No.68 of the series “Famous Views of the 60-odd Provinces”, 1853-
56.

LA CIME BLANCHE

 L’hiver s’offre dépouillé, monochrome,
Sans dorures ni ornements.
Le ciel pâle et la lumière crue dénudent
Les ossements de la forêt sombre.
Il y a dans tout ce dépouillement,
Une grande simplicité.
Les adroites gravures orientales anciennes
Aiment à reproduire les paysages de cimes enneigées.
Le sumie se fait en noir et blanc :
Les encres chinoises sont hivernales.
Toutefois les formes simples sont devenues presque insupportables à l’occidental.Robert Lissen relie

Simplicité et vision juste.

«Un vieux moine zen expliquait à ses disciples:
-«C’est très simple…Quand j’ai faim je mange,
Quand je suis fatigué je me repose».

Cependant, ajoute Robert Lissen «il est pour nous très compliqué de redevenir simples».
Le maître en effet répondit à ses élèves:
«Lorsque vous avez faim, vous vous nourrissez avec votre corps, mais votre esprit est ailleurs. Lorsque vous êtes fatigués, vous vous reposez physiquement, mais votre imagination et vos pensées sont plus actives que jamais. »[1]

Voir juste. Et accepter avec simplicité, comme celui qui parvient à une cime blanche en hiver,
De s’arrêter.

THE WHITE PEAK

Winter offers us a clear and monochrome landscape,
There is no sophisticated or colourful scenario.
The pale sky and its white light
Enters the dark forest.
All this clearance comes with a deep sense of simplicity.
The beautiful ancient oriental paintings
Often reproduces white peaks and silent mountains.
Sumie painting techniques are usually black and white.
The Chinese drawings allow us the full understanding of the winter essence.
However in Occident some people hardly bare the expression of simplicity that is usually associated to poverty and  than despised.

Robert Lissen  put together proper vision and simplicity.
Quoting and old Zen monk:
“It is simple, when I am hungry, I eat, when I am tired,
I rest.”[1]

But it is very complicated for us to become simple again.
The master then explained to his disciples:
“When you are hungry, you feed your body but your mind is far away. When you are tired you rest physically, but your imagination still very busy”…

Understand the right vision, maybe the importance of being fully there,
And accept with simplicity, as the one that reaches the top of a white peak in winter, to stop for a while.


[1] Robert Lissen in Bouddhisme zen et yoga, site Maaber- Syrie.

 

Poemas de Inverno | Poèmes d’hiver

Picture: Josef Hoflehner 'Field Birches' (Japan, 2012)

Picture: Josef Hoflehner – Field Birches (Japan, 2012)

FLOCOS DE NEVE

Os flocos de neve giram nos ares,
Lentos e constantes.
A neve cobre suavemente a cidade e
O coração descansa,
Após o ritmo frenético e descaminhado da vida,
no colo branco da terra.

FLOCONS

Les flocons voltigent dans l’air,
lents, constants.
La neige recouvre délicatement la ville,
dans un souci de bien faire.
Et le cœur s’apaise,
Après le rythme effréné d’une vie survoltée,
Le blanc m’est doux.

Mariana Thieriot Loisel, ce matin.

Oleg Kozak ok

Aquarela | aquarelle – Oleg Kozak

UMA FLOR

Sonhar no silêncio profundo que me cerca,
Com uma primavera que prepara seus enfeites de mansinho,
Imaginar suas cores e suas formas
debaixo das espessas camadas de neve,
Ouvir as sementes pulsando,
As árvores que projetam novos desenhos de folhas,
As que combinarão melhor com o tom do céu canadense…
Pressentir uma flor impaciente,
Que aguarda sua vez.

PERCE-NEIGE

Tendre l’oreille au primptemps
qui se prépare et rêve ses couleurs
sous l’épaisse couche de neige.
Sentir les semences en latence,
qui s’agitent, inventent de nouvelles parures,
les arbres qui réfléchissent à la forme des feuilles :
celles qui s’harmoniseront le mieux,
avec le ton de ciel Canadien…
Deviner un perce-neige impatient,
qui piaffe en coulisse, en attendant de faire son entrée.

Mariana Thieriot Loisel

Se vestir de coragem | S’habiller de courage

Andrea Zdyb

Andrea Zdyb

SE VESTIR DE CORAGEM

Meias, meia calça, calça comprida, camiseta, sueter. Botas, boné, mantô….
A bolsa , os óculos, as luvas, o creme para o rosto, a imprescindível echarpe
Colorida de pássaros oferecida pelas minhas amigas para sempre,
E a porta se abre para o frio.
Temperatura vivida: 42 graus abaixo de zero.
Caminho de cabeça baixa, lutando contra o vento
É ou ele, ou eu.
A padaria fica a trezentos metros. A neve amontoada na calçada
Forma um corredor de gelo.
Antes de imigrar em Montreal, eu nunca havia imaginado que gestos simples
Como buscar pão, ir ao supermercado exigiriam tanto de mim.
A padaria fechou. Volto de mãos vazias,
Caminhando devagar.
A rua está deserta.
Meus olhos marejados de branco, se adaptam ao frio.
Busco em vão uma imagem para te contar este inverno.
Estamos mergulhados numa só cor.
Juntos, unidos pela poesia, o atravessamos.

 

S’HABILLER DE COURAGE

Collants, chaussettes, chemise,pantalon, pull-over. Bottes, bonnet, manteau, …
Le sac, les lunettes, les gants, la crème pour gerçures,
L’incontounable echarpe parsemée d’oiseaux, offerte
Par mes amies pour toujours,
Et la porte s’ouvre sur la bise.
Température ressentie :-42.
J’avance tête baissée et me bat avec le vent.
C’est lui ou moi.
La boulangerie est à trois cent mètres. La neige s’entasse et forme des parois de glace le long du trottoir.
Avant d’immigrer à Montréal, jamais je n’aurai imaginé que des gestes aussi simples comme chercher du pain frais et des vivres seraient aussi exigeant.
La boulangerie est fermée, je rebrousse chemin
Bredouille, en avançant doucement dans l’air glacé.
La rue est  vide.
Mes yeux embués de blanc, s’habituent au froid.
Je cherche  en vain une image pour te raconter cet hiver. Tout est monochrome.
Ensemble, réunis par la poésie, nous le traversons.

Sentier | Caminho

 

Painting - Emile Gruppe

Oil Painting by Emile Albert Gruppe

SENTIER

Mes pas crissent dans la neige givrée par le froid.
Le sentier me perd
et oscille dans le parc perlé par la lumière matinale.
La glace décore habilement les arbres,
Sculpte les ruisseaux.
Je cours à pas feutrés
Dans ce palais blanc,
vers le sens, lumineux et indicible,
de l’hiver,
où, en secret, il m’attend.

CAMINHO

Meus passos ressoam na neve recoberta pelo frio, de uma fina camada de gelo.
Um caminho sinuoso me perde,
No parque levemente iluminado
Pelo sol da manhã,
O gelo enfeita as árvores,
Esculpe os riachos,
Corro de mansinho
Neste castelo branco,
Rumo ao sentido,
indicível deste inverno,
que em segredo,espera.