SAINT LÉON

quadro Mariana

Toile: Mar Thieriot

Elle  vous a lu William Godwin d’un trait
D’abord au bord des larmes
Au bord de l’abyme
À hauteur d’orages
Puis pleurant  de fatigue
Les pieds et les mains
Dans cette glaise étrange
Que l’on nomme roman
Que l’on saisit poème épique
Qui crie le vent
La lumière

L’eau
L’or
Et les cendres
L’alchimie
Dont nous  voilà faits
Elle  vous a lu comme l’on entend
Claquer les portes d’une geôle,
Puis d’une autre encore
Qui oui
Se rouvriront avec force et bruit!
Après l’enfer de la question
Les années cloué aux murs
Les buchers pour seule récompense de la sagesse
L’humaine et humble sagesse
Elle  vous a lu relu
Les espaces nets
Les voyelles détachées
Un style de désastre
La réparation presque impossible
La mort prévisible
La douleur épouvantable
À peine dicible en son absurdité
La cruauté des superstitions
Les faiblesses apparentes  de la raison
L’étrange résurrection
La bonté revenue
D’un homme si rare

Elle a lu la foudre l’incendie l’ouragan
Et la douceur d’une infante frêle et puissante
Oui
Un  matin
Une réponse coulera
Une pierre philosophale entre les doigts tremblants
Après coup
Comme la beauté
Comme la vérité

En silence elle observe la lumière danser
À travers les vitraux du monastère
Une harpe joue un air suave
Son corps endolori et présent
Chante  un psaume  ancien
Pour la grâce reçue
De votre fable initiatique

Mar Thieriot

ADRIADITIQUE – IMPRESSIONS HEUREUSES DE VENISE

ADRIATIQUE – 22072017 – 16×12 Pouces Mar Thieriot

QUITTER VENISE
Quitter Venise,
comme l’on se sépare
de son sang,
de sa mémoire
qui sillonne les pavés de la ville.
Pleurer de quitter
celle qui ne me lâchera plus
Au-delà des rêves survoltés et fiévreux.
Venise,
Si désespérément belle,
Lointaine,
Imprenable,
Inaccessible aux vers,
trahie dans les toiles,
les histoires…
Venise,
Plus proche qu’une famille,
Venise
Lionne rugissante
que l’on désire ardemment
Plus puissante que les vagues
qui te blessent,
Citta
D’où l’on ne part jamais
complètement
car les veines des canaux
se battent
dans nos pouls.
© tous droits réservés

 

 

LA VIEILLE DAME ET LA MORT

 
La mort rôde depuis hier
Plus palpable
Autour des mots épuisés
De n’être compris

La mort cavale
Un cheval en feu dans les prés
De mes rêves

Je la vois sourde
Nuit percée à jour

Et je rends au silence épais
Mon fardeau lucide.

Je ne puis rien vous dire
De plus
Si ce n’est que je la connais bien,
Dame la mort.

La muse des enfants dans les décharges de la grande ville.
De La prostituée passée à tabac,
Des agonisants,
Des fous,
Des écrivains,
Des peintres,
Des musiciens,

Le repos.

La mort rôde depuis vous,
Plus aiguisée
Qu’une lame de chirurgien,
Qui délivre une vie
De sa douleur.
Je l’attends toute droite.

C’est une main
Un coup fatal
Imparable
Un dernier ring.

Elle me survivra.

Mar Thieriot

in Née de la dernière pluie inédit
Huile sur toile Mar Thieriot

Souvent sur le départ

Souvent sur depart.png
Partir,
De proche
Advenir lointaine :
Ce geste de départ,
Conduit
à accepter
Le défi
Le risque d’un saut,
Vers l’imprévisible
Et l’inespéré.
Au détour d’un itinéraire,
Face au douloureux
Dépaysement,
Chacun peut faire l’expérience
Du talent humain
Pour reconstituer
Rapidement
Sa droiture,
Dans un milieu
À priori étrange,
Face à un visage hostile,
Fermé
Ou évasif.
Comme les tortues et les escargots
Je porte l’essentiel avec moi :
Le coeur,
La pensée
Et les pas…
J’ai appris à me reconnaitre
En ceux qui se désignent
« Navigateurs »;
Les passeurs de sens
D’un monde
À l’autre.
Notre seule vraie patrie,
Notre maison.
Consiste en ce « beau danger d’écrire »,
Et la famille choisie entre toutes :
Une poignée de poètes,
De peintres,
D’aviateurs
Pour eux le rêve
Se fait présent
Sur le vent
Où les voiles
Qui nous mènent
Au-delà.
Loin de la limite de l’instant,
Là où la douceur ondule
Comme une vague,
Vraie,
Avec constance.
Texte et Toile – Mar Thieriot Loisel – 01/04/2017

Rêve

Le cahier baigne dans l’ombre,
Un spectre dicte son rêve:
Puisses-tu avancer,
Pas à pas,
Sur un sentier glacé,
Et garder l’équilibre.

Que l’ascension d’une montagne,
D’une bosse,
D’une colline,
Se fasse sans vertige,
Que la tempête en mer,
Où l’horizon chavire,
Te rejoigne sereine…

Souriante face à l’impuissance,
Confiante devant les limites enfreintes,
Pour se dénuder,
Puisses-tu accueillir,
Une vérité formulée,
Vingt ans trop tard.

Le spectre obéit à un souffle
Qui défie le banal
Et se tait,
Tandis que tout,
Écoute.

Il dessine un chemin,
Où les éclats de cendres voltigent dans la lumière…
Cendres fidèles,
Au silence et aux vues.

Spectre où je me love,
Pour fredonner avec constance,
Un chant vénitien sublime,
Où me voiler
En un silence sage.

Ombre qui me précède dans la chute
Et où je respire bien.

Pourtant
« Il est pressant de sortir de l’ombre »
Aller vers l’étranger,
un homme,
une rose,
Un monde à l’infini découvert,
Visage maculé
De l’empreinte
Du vent.

Texte et Toile  – Mar Thieriot Loisel – 01/04/2017

BLEUS

bleus

Photo Mar Thieriot: Parc Lafontaine – Montréal.

Le parc s’éveille
Et s’éclaire,
L’air est bleu.
Bleu vif,
éclatant…
Comme le chemin.

Bleu de Perse,
comme ton regard :
toi qui m’observes,
L’air de rien…

Tandis que je joue les photographes,
Et rapte tes couleurs,
pour mieux m’en souvenir,
Plus tard,
lorsque nous serons bien vieux,
Et que
Tout,
Aura déteint.

Mar Thieriot in Le sens qui luit en hiver, Amalthée 2015, France

Montréal- Parc Lafontaine. Mar Thieriot

LES GRAINES

les-graines

Photo: Mar Thieriot “Train pour Ottawa”

Les graines de sens de l’hiver :
Le souffle
trouvé,
Dans le calme,
dans le silence.
Selon le sage d’Orient
« Le silence est plus que la tranquillité ».
Le silence est
« nischala nîravatâ. » 5
Un état dans lequel
Il ne se produit pas
De mouvement.

Mar Thieriot in Le sens qui luit en hiver, Amalthée, France, 2015

Photo Mar Thieriot train pour Ottawa