VIVRE À LA HACHE

« C’est qu’avant le trou
Avant le grand coucher
Des patrouilles boréales
Il y aura un regard
Décharge d’éternité fusillée »

Nicolas Rozier in Vivre à la hache,
Éditions L’arachnoïde, 2017, p.28

 

 LA VOIE DES CENDRES : PHILOSOPHIE ET POÉSIE

Tracer la place d’une conscience nébuleuse dans un itinéraire poétique.
« Ça leur plaira bien un jour… » Se disait Ludwig von Beethoven, encourageant de la sorte les sens novateurs  dégagés vivants de
«  cette nuit  des nuits »[1]
équivaut à tracer une « voie des cendres ». Une voie qui cherche l’or à même la cendre des rêves et des illusions humaines, une voie qui ne fuit pas le néant ni la nuit, mais un chemin tout de même vers la vérité du visage, qui dans son regard continue d’épeler l’infini.

En effet faut il se résigner au fait que tout homme fixe son prix et que la conscience ne soit qu’un vernis comme le défendait Freud ?
Qu’est-ce qui fait sens à présent pour une vie qui écrit ? Qu’est-ce qui la fait fuir, reculer, ou au contraire la pousse à s’engager dans l’inconnu ? Qu’est-ce qui fonde – ou ne fonde plus – en toute légitimité, l’acte poétique? Et en définitive quelle est la place accordée à la vérité d’une conscience dans l’élaboration de la connaissance humaine ?
À sa poétique ?
A-t-elle seulement une place, aujourd’hui ?

Est elle en premier lieu un cri :

 

JE VEUX MON BÂTON
D’enfant sur terre[2]

Et puis qui est la personne dont on parle ?  Nicolas Rozier peintre et poète
contemporain qui avant de publier Vivre à la hache, a mis en ligne sur Face book un poème par jour, cassant la voie traditionnelle de l’écriture, faite en secret, pour écrire publiquement et in vivo dans les réseaux sociaux :

CE SERA TOI OU LA TOMBE[3]

Parler de la légitimité de la place la poétique de la personne, équivaut à articuler résistance et mutation culturelle.

En effet, l’on constate la présence d’une grave rupture dans le monde contemporain, entre une quête de sens et de valeurs humaines d’un coté, et la réalité d’une vie planétaire orientée par un besoin croissant de sens, mais tendue et épuisée par le souci de satisfaction matérielle à court terme d’un autre coté et qui s’impose souvent de façon arbitraire dans les institutions universitaires et dans la société de façon générale.
La marge continue de tenir la page est c’est en consultant mon I phone presque compulsivement que j’observais avec un petit millier de personnes s’écrire un livre comme une bouffée d’oxygène dans un univers
chaque fois plus étouffant.

Un soir le dépit à son comble je lis :

Tu n’es pas un homme
mais une quille[4]
L’écriture in vivo semble donc devoir s’articuler autour d’un double fondement simultanément théorique et subjectif, déjà indiqué par Basarab Nicolescu, en son ouvrage Théorèmes Poétiques, c’est à dire une formation qui reconnait l’importance de l’élaboration d’une vie intérieure de la personne, de son «  souffle »,  d’une poétique in situ, qui s’écrit et se donne simultanément et  du silence, et du recul  à partir  duquel l’on compose.

Poétique  avec laquelle l’auteur peut faire face et transcender les déterminismes bio-psychosociologiques qui l’enferment et le piègent dans le rôle d’objet ; objet de désir, objet d’expériences malgré lui, marchandise de troc, pièce d’un rouage, machine hypercomplexe etc.

Tu vas comprendre
Un grand coup
Les crépuscules
Les ciels éventrés
et l’enfant mort
condamné à vivre[5]

Cette  nouvelle  forme d’écriture implique d’avoir recours à un contact direct avec le public voire de transformer la condition humaine par l’expression immédiate de cette dimension subjective et poétique,  ce qui nous permettrait de donner une voix aux situations de grande souffrance où se trouve l’humain parce que réduit à l’inaudible, à fonctionner en objet, étant donné le caractère vertical, impositif et unilatéral de nombreuses situations de formation et de gestion des organisations scientifiques contemporaines. Nicolas  Rozier est également professeur.

Cette souffrance, ce malaise de la personne, ne concerne pas seulement les pays pauvres, la crise de sens que traverse l’humanité actuellement affecte aussi bien les pays riches et se traduit souvent par une perte d’élan et d’enthousiasme, d’essoufflement, pour des causes qui ne soient pas individualistes, pragmatiques et aux visées purement immédiates, voire par une révolte ouverte, déclarée à l’égard de la culture occidentale, une culture qui ne cesse de se contredire, qui préconise les droits de l’homme et bafoue sans cesse ces mêmes droits dans un tiers et un quart monde exsangue, comme le témoignent les émeutes récentes  partout dans le monde, et qui révèlent l’absence d’autorité éthique réelle, de liberté de positionnement, de la majorité des représentants de cette culture sur place.

René Barbier définit le sujet comme un sujet dénué de masques, silencieux et disponible : « A la persona succède le sujet sans nom, la « personne » proprement dite. Qu’est-ce qu’une personne ? Un individu chez qui il n’y a plus « personne » à nommer parce qu’il a reconnu, dans le travail intérieur sans concession, son insertion totale dans un espace-temps qui le dépasse et dont il sait qu’il en est le porteur essentiel » . Ce faisant René Barbier fait davantage référence à un « soi » dialogique et généreux, plutôt qu’à un « je » égocentré et incapable de décentration, qui lui permet d’aller à la découverte de ce que Krisnamurti désigne par son « Autreté ».
Son « autreté » est un terme savant, pour définir le visage humain. Ce visage doit être vu avant même les capacités, le potentiel ou les limites de chaque intervenant au sein du groupe,  le visage nous introduit à un autre mode d’habiter et d’échanger dans le monde, un mode de re-création ou repeuplement du monde par son anima, une manière de renouer avec le souffle de la vie : là ou l’art et science pourraient s’interpénétrer poétiquement.

Il te répond de très loin
Le disparu inné
De ton coeur[6]

Devant le clair-obscur, la nébuleuse des motifs, quelles valeurs, Qu’est ce qui nous« dé-finit » humains  sinon la poésie qui  fait signe dans nos visages ?
Il nous faudrait donc oser étudier une nébuleuse, aller vers cette poétique du visage et risquer, au sein des organisations,  créer les conditions d’une rencontre du sujet avec lui-même, grâce à la médiation du poème, de l’art, antérieure à une rencontre du sujet avec le groupe externe, autour du vecteur que représente sa présence dans le groupe, ou ce qui oriente cette présence… D’abord se savoir visage, se savoir infini, se savoir autreté

Le visage n’est pas de cette vie[7]

J’ai observé que le suivi de ces pistes nébuleuses contenues dans la poésie de Nicolas Rozier  pourrai conduire à la création commune de projets qui font du sens pour les autres et pour nous-mêmes, des projets ou la vie l’emporte sur la mort, grâce aux partages in vivo de nos créations communes.

LES NÉBULEUSES
Je n’ai jamais vécu d’entente parfaite, dénuée de conflit ou de souffrance, ni dans les grands ni dans les petits groupes avec lesquels j’ai eu le privilège de pouvoir travailler. Actuellement, je dirais même que les groupes sereins, rieurs, où le souci de l’autre et la joie d’être ensemble l’emportent sur les préoccupations narcissiques individuelles, l’appât du gain et les prises de décision arbitraires, sont bien souvent un pari pour l’avenir. Nous avons été durement dressés à la compétition – loyale et déloyale – à l’individualisme forcené, au pragmatisme aveugle et c’est difficile de s’en défaire.
Il nous faut toujours être préparé pour le retour du refoulé…
Mon rôle a été bien davantage de montrer à mes collègues la dimension féconde et intéressante des conflits sous leur apparence tragique, car ils ont pour fonction de dévoiler, de rendre manifeste des souffrances que l’on voudrait taire ou occulter. L’utilité d’apprendre à traverser ces conflits sans pour autant se séparer ou se déstructurer complétement, d’être capables de s’aimer et de se respecter profondément dans la discorde, dans la crise, dans la non-reconnaissance et l’absence de résultats apparents de nos travaux, indique la possibilité de trouver une tierce place, cette zone de non-résistance, floue, NÉBULEUSE, POÉTIQUE, devant des positions antagonistes, et, fidèle à Varella et à Deleuze, la possibilité de se frayer rhizomatiquement un chemin vers un mieux être ensemble,
Une rencontre des sens pluriels, des mutations culturelles à venir.

L’ABSOLU EST INCREVABLE.


[1] Nicolas Rozier in Vivre à la hache, Éditions L’arachnoïde, 2017, p.28
[2] [2] Nicolas Rozier in Vivre à la hache, Éditions L’arachnoïde, 2017, p.22
[3]  Ibidem , p 19
[4] Ibidem
[5] Ibidem , p.46
[6] ibidem p.36
[7] Ibidem 30

De Chair et de Cendres – notes sur «Memento Mori»

DE CHAIR ET DE CENDRES
Notes  sur « Memento Mori » Anthologie, Otrante, France, 2016.

Édition établie par Florian Balduc

 De nos jours l’opposition entre ce qui  remet au registre du mythos et nous renvoie aux croyances, ou à la littérature, car le mythe nous parle d’un savoir transcendant et non vérifiable, et ce qui a trait au logos, verbe établi en raison, qui veut démontrer et prouver, semble irréconciliable. La philosophie les oppose, nous appelant à la raison éclairée, loin des ténèbres de la néfaste fantaisie humaine.

Nous nous retrouvons face au divorce quasi insurmontable entre le monde des hommes et le monde des dieux ou des morts outre-tombe, ces visions séduisantes ou effrayantes,

Qui se réduiraient à une connaissance de l’imaginaire, car rien de ce qui est du registre du « paradis » ou de « l’enfer »  ne semble à prime abord vérifiable ou même présenter une utilité scientifique.

Pourtant cette connaissance qui sans cesse rappelle la présence de forces transcendantes et extérieures à l’homme : souffle, inspiration, perdition, certes oui puise dans le réservoir de l’imaginaire et amène à la surface nos émotions souterraines les mieux enfouies, car souvent marquées par le sceau du délire et de la folie, existe de fait hors de nous : comme imaginaire social, présence des forces inconscientes de l’imaginaire du groupe et qui va agir de façon exogène, transcendante sur la personne.

Protégée ou maudite par le groupe, elle va se trouver en proie au ballet de bénédictions ou  de malédictions voilées lorsqu’elle enfreint les codes de la morale de son temps et pactise avec ce qui est du registre du diabolique et du mal. Ève et Faust, qui prennent l’allure de l’homme ou la femme de la rue dans Memento Mori vont être témoin des danses macabres et s’en trouvent profondément altérés.

La danse va avoir un effet punitif ou salvateur, soit parce qu’elle va déclencher une frayeur irrémissible ou bien une soudaine prise de conscience, voire les deux simultanément.

Or ce qui semble un apport pour nos sciences humaines dans la connaissance mythique, et Jean pierre Vernant s’y est déjà longuement penché et qu’elle va être exprimer un code de conduite pour les émotions, voire un code punitif pour ces émotions qui transgressent la morale établie, nos passions humaines.

La danse macabre, la ronde des morts désigne du doigt la vanité des vivants, tous égaux dans la conditions de damnés au cimetière, égaux dans leur condition fautive, car complices à un instant de leur existence d’avoir frayé, parfois non intentionnellement avec le mal, lors souvent d’un moment d’amour irrépréhensible.

Plusieurs questions se posent alors, par les mythes nous avons une éducation des émotions, mais doit elle être la seule, est elle la meilleure?…. En effet la folie dont témoignent les hommes lorsqu’ils sont l’objet de la force des dieux ou des diables, une folie sans appel, nous remet encore une fois à notre méconnaissance de l’inconscient, notre manque d’habileté avec nos émotions, notre difficulté à connaitre et vivre nos passions, alors que

Nous pourrions en faire, comme dans ce bel ouvrage : de la littérature, de la poésie, de l’art, du théâtre. Au lieu d’interdire une passion en faire le siège de la création.

En effet l’enfer de cette danse qui se reproduit comme un leitmotiv, inéluctable et acharnée, troublant le repos des morts, ressemble étrangement à la danse macabre des passions humaines  et nous avons en un recueil mêlé la chair et les cendres,  les morts bien lucides  qui nous content la vie de l’autre coté du miroir, enfin brisé par la ténacité littéraire.

Le livre devenu objet rare, trop peu fréquenté   parle de la condition humaine,  la mort toujours à l’horizon, les passions réprimées et qui peuvent exister, prendre forme, dans les textes les plus osés ou les plus secrets. Le désir bien vivant; le souffle fétide ou salvateur de nouveau à l’oeuvre nous emporte dans une ronde  où les mort interpellent les vivants et composent avec eux.

Les frontières sont abolies et les morts reviennent et s’expriment. Ils ont tant à nous dire.

Écoutons les….

© Mar Thieriot inédit – tous droits réservés.

Pour commander l’ouvrage: http://www.otrante.fr

Café Filosófico com Mar Thieriot e membros do CETRANS

Aconteceu quinta-feira, dia 22 de junho p.p.. às 17 horas, no salão  “Viena”  do Conjunto Nacional  em São Paulo/SP – Brasil, um agradável, amoroso e significativo “Café Filosófico”, para Mar Thieriot lançar, no Brasil, seu livro “O Risco de Filosofar – Diário de uma Descolecionadora”..

 

Participaram do evento, além da autora, as convidadas: Dalva Alves, Margarete May, Maria F. de Mello, Pá Falcão, Rosália Gomes, Silvia Fichmann, Vera Lucia Laporta e Vitoria M. de Barros, todas membros do Centro de Educação Transdisciplinar – CETRANS.

 

O livro está disponível para compra na loja Kindle – Amazon no link: https://goo.gl/9J2V3F 

 

Abaixo algumas fotos do Café Filosófico:

 

 

 

 

Un piège qui se défait

Tout les critiques, et je les rejoins, font un bilan des résistances et des pièges dans lesquels peuvent nous entrainer la transparence et la sérénité affichée de l’espoir, lorsque les codes sociaux adoptés par l’environnement sont ceux de la méfiance, des comportements agressifs, pessimistes, compétitifs, hiérarchisés, et des enjeux narcissiques placés au premier plan.

Peu à peu et devant l’incompréhension ou la mauvaise interprétation de ce qui est une politesse de l’être, un comportement de détachement, neutre, à priori confiant et aimable, la tendance des gens sincères est celle de la retraite, du repli sur soi et d’une perte de leur spontanéité.

Actuellement il semble en effet assez dangereux dans des sociétés occidentales hautement compétitives et agressives, d’afficher comme les personnages de Pagnol, la joie de vivre, le franc parler, le goût pour la méditation et la générosité. Un tel comportement risque fort d’être soupçonné d’être aliéné ou s’il ne l’est point, tout compte fait il sera jugé assez niais ou déplacé: on fait souvent des honnêtes gens, des gens simples, les têtes de turcs ou les idiots du village, ce qui explique assez bien qu’ils se mettent à l’abri dans des refuges et les monastères reculés : ce qui explique bien leur absence.

Peut on avancer à visage découvert et souriant dans un monde où le paraître fait recette et définit la valeur de l’être ? Dis moi qui tu parais et cela suffira à définir qui tu es.
Or les masques se vendent cher, ainsi que tous les assortiments du bal masqué. Voilà notre Candide piégé, tendu, persécuté ou agressif : il sera au mieux ésotérique, au pire, un anormal, un marginal, un « looser ». Il ne trouvera d’autre issue que celle de la fugue dans un refuge à l’abri des grands comédiens de la société, la thérapie, pour penser à la façon de survivre dans une société compétitive en ayant des valeurs humaines profondément coopératives, ou de, finalement, se terrer dans la misanthropie.
Or Patanjali nous indique comment déjouer le piège, avec le concept d’Avasthanam : l’idée de « reposer » qui contient en soi la notion d’accueil et de détente, de s’abstraire du contexte pour reprendre le contact avec son être.
Le reflet du sujet qui médite et cherche à adopter des attitudes fondées sur des hautes valeurs de paix, d’évolution et de coopération, est comme la lumière qui passe à travers une fenêtre ouverte: cette lumière a jailli en lui, résultat d’une longue pratique intérieure de penser en l’autre.

Elle déborde de son être et n’est pas tributaire du regard de ces semblables, lueur bien différente du reflet renvoyé au sujet par l’évaluation, toujours contextualisée, biaisée et toute relative de son entourage. C’est un rigoureux examen de conscience et non une opinion de ses semblables qui doit le conduire à la détente, parce qu’effectivement il parvient à ne pas nuire ou blesser ni lui-même ni ceux qui l’entourent et il parvient même à s’équilibrer et trouver la paix en lui et avec son entourage.
Autant dire tout de suite que cet état est extrêmement difficile et ardu à atteindre et qu’il n’est pas en vente dans les pharmacies ni dans les supermarchés, et encore moins dans les institutions de nos sociétés contemporaines. Dire également que le vieil adage « pour vivre heureux, vivons cachés » reste hélas assez actuel. Nous continuons de traverser de sombres temps où la retenue et la prudence sont de mise…. Et où l’on peut conseiller de trouver un refuge pour la pratique du yoga et de la méditation de façon générale dans un lieu protégé à l’abri du bruit et de la fureur de nos combats quotidiens. Il nous appartient cependant à long terme et collectivement, par égard à nos enfants, de défaire le piège du miroir qui semble nous avoir subjugué; celui où l’image avec tous les attributs de la richesse, de la jeunesse semblent valoir beaucoup plus que le contenu de la personne elle même, son parcours, sa pensée.

Cette course effrénée à qui aura la meilleure image gère une incalculable perte de temps et d’argent. Peut être les enfants pourront il avoir la joie de voir un piège qui se défait et retrouver leur part manquante. Cette part qui les guide à pas de danse vers eux-mêmes; de l’extérieur vers l’intérieur, de l’absence vers la présence.

Mar Thieriot Loisel In Le Printemps peut-être Ed. Le journal des chercheurs, Paris edité par René Barbier