Un piège qui se défait

Tout les critiques, et je les rejoins, font un bilan des résistances et des pièges dans lesquels peuvent nous entrainer la transparence et la sérénité affichée de l’espoir, lorsque les codes sociaux adoptés par l’environnement sont ceux de la méfiance, des comportements agressifs, pessimistes, compétitifs, hiérarchisés, et des enjeux narcissiques placés au premier plan.

Peu à peu et devant l’incompréhension ou la mauvaise interprétation de ce qui est une politesse de l’être, un comportement de détachement, neutre, à priori confiant et aimable, la tendance des gens sincères est celle de la retraite, du repli sur soi et d’une perte de leur spontanéité.

Actuellement il semble en effet assez dangereux dans des sociétés occidentales hautement compétitives et agressives, d’afficher comme les personnages de Pagnol, la joie de vivre, le franc parler, le goût pour la méditation et la générosité. Un tel comportement risque fort d’être soupçonné d’être aliéné ou s’il ne l’est point, tout compte fait il sera jugé assez niais ou déplacé: on fait souvent des honnêtes gens, des gens simples, les têtes de turcs ou les idiots du village, ce qui explique assez bien qu’ils se mettent à l’abri dans des refuges et les monastères reculés : ce qui explique bien leur absence.

Peut on avancer à visage découvert et souriant dans un monde où le paraître fait recette et définit la valeur de l’être ? Dis moi qui tu parais et cela suffira à définir qui tu es.
Or les masques se vendent cher, ainsi que tous les assortiments du bal masqué. Voilà notre Candide piégé, tendu, persécuté ou agressif : il sera au mieux ésotérique, au pire, un anormal, un marginal, un « looser ». Il ne trouvera d’autre issue que celle de la fugue dans un refuge à l’abri des grands comédiens de la société, la thérapie, pour penser à la façon de survivre dans une société compétitive en ayant des valeurs humaines profondément coopératives, ou de, finalement, se terrer dans la misanthropie.
Or Patanjali nous indique comment déjouer le piège, avec le concept d’Avasthanam : l’idée de « reposer » qui contient en soi la notion d’accueil et de détente, de s’abstraire du contexte pour reprendre le contact avec son être.
Le reflet du sujet qui médite et cherche à adopter des attitudes fondées sur des hautes valeurs de paix, d’évolution et de coopération, est comme la lumière qui passe à travers une fenêtre ouverte: cette lumière a jailli en lui, résultat d’une longue pratique intérieure de penser en l’autre.

Elle déborde de son être et n’est pas tributaire du regard de ces semblables, lueur bien différente du reflet renvoyé au sujet par l’évaluation, toujours contextualisée, biaisée et toute relative de son entourage. C’est un rigoureux examen de conscience et non une opinion de ses semblables qui doit le conduire à la détente, parce qu’effectivement il parvient à ne pas nuire ou blesser ni lui-même ni ceux qui l’entourent et il parvient même à s’équilibrer et trouver la paix en lui et avec son entourage.
Autant dire tout de suite que cet état est extrêmement difficile et ardu à atteindre et qu’il n’est pas en vente dans les pharmacies ni dans les supermarchés, et encore moins dans les institutions de nos sociétés contemporaines. Dire également que le vieil adage « pour vivre heureux, vivons cachés » reste hélas assez actuel. Nous continuons de traverser de sombres temps où la retenue et la prudence sont de mise…. Et où l’on peut conseiller de trouver un refuge pour la pratique du yoga et de la méditation de façon générale dans un lieu protégé à l’abri du bruit et de la fureur de nos combats quotidiens. Il nous appartient cependant à long terme et collectivement, par égard à nos enfants, de défaire le piège du miroir qui semble nous avoir subjugué; celui où l’image avec tous les attributs de la richesse, de la jeunesse semblent valoir beaucoup plus que le contenu de la personne elle même, son parcours, sa pensée.

Cette course effrénée à qui aura la meilleure image gère une incalculable perte de temps et d’argent. Peut être les enfants pourront il avoir la joie de voir un piège qui se défait et retrouver leur part manquante. Cette part qui les guide à pas de danse vers eux-mêmes; de l’extérieur vers l’intérieur, de l’absence vers la présence.

Mar Thieriot Loisel In Le Printemps peut-être Ed. Le journal des chercheurs, Paris edité par René Barbier

Pourquoi la poésie devrait faire partie de la formation scientifique?

tela mariana para post
« Tout est là. Dans cette arrière-cour où éclate une douleur qui ne sent plus ses poèmes quand elle fait de l’homme cet éboulis de lumière torsadée. »
Nicolas Rozier in Tombeau pour les rares, Editions de Corlevour, 2010 in Avant – propos.
Introduction
“ Laisse moi donc dans l’ombre, te parler de la lumière future” 1….
René Daumal s’inspire de la force de transfiguration contenue dans le délire poétique racontée par Socrate à Phèdre;
“ C’est l’acte d’imaginer, instantané par essence, qui nait, meurt et se retrouve dans la durée”2
Ce délire comme un manifeste pour vivre là-bas, « dans dix-mille ans », exprime certes un refus de la réalité, mais qui permet précisément, de supporter la réalité.
Le non se voulant autre éclate d’amour (…) il laisse jaillir, par de saignantes blessures, les vies souffrantes, vers d’autres vies souffrantes, isolées aussi de la mer commune.
Ainsi les anciens avaient reconnu la dimension sacrée, porteuse de souffle et annonciatrice de la folie, une folie dont il faut déchiffrer les signes, les noeuds de lucidité et de voyance, le poids d’insurrection contre un réel dont l’insupportable éclate et ces fous là, messieurs dames, n’étaient guère fous ; ils étaient poètes.
Vouloir supprimer tout délire de son propre texte, c’est donc lui ôter la part du feu, de souffle et de possibilité d’imagination d’un monde autre, sa science inventive précisément.
Le refus de l’inconscient, son rejet brutal, la façon dont on enferme, attache, surmédicalise, brutalise même parfois, ceux qui délirent pour les protéger d’eux mêmes, montre la crainte que l’on a de ses propres symptômes et de sa propre souffrance, la façon dont on balaye d’un revers de la main la dimension poétique de ses émotions et que l’on ferme la porte au moment précis où l’on se devrai d’écouter et de prendre en note.
Certes tous les fous ne sont pas des artistes et tous les artistes ne sont pas fous :
mais la poésie circule parfois entre les uns et les autres, et il faut prêter l’oreille à la vérité justifiée de la souffrance humaine dans la scène des asiles, où dans l’asile de la scène.
La poésie a pourtant une place fondamentale dans la formation universitaire ; la place du délire: la part du souffle et du feu, la part des émotions.
Sinon gare au retour du refoulé.
1) L’ALTÉRITÉ DU SOUFFLE : LA POÉTIQUE DU SUJET
Emmanuel Levinas dans son bel ouvrage Le temps et l’autre [1], tente de démontrer que
« le temps n’est pas le fait d’un sujet isolé et seul, mais il est la relation même du sujet avec autrui »,
c’est par le souffle échangé avec autrui et dont le poème est porteur, que l’avenir devient possible, a-deux-vient supportable.
Levinas précise que son analyse n’est pas anthropologique, mais ontologique :
« En remontant à la racine ontologique de la solitude, nous espérons entrevoir en quoi cette solitude peut être dépassée ». [2]
Pour comprendre la place du souffle de l’autre l’auteur va partir de la solitude de l’exister, une solitude constitutive de la condition humaine face à la souffrance et à la mort :
« En quoi consiste l’acuité de la solitude? Il est banal de dire que nous n’existons jamais au singulier. Nous sommes entourés d’être et de choses avec lesquels nous entretenons des relations. Par la vue, par le toucher, par la sympathie, par le travail en commun, nous sommes avec les autres. Toutes ces relations sont transitives : je touche un objet, je vois l’Autre. Mais je ne suis pas l’autre. Je suis tout seul. C’est donc l’être en moi, le fait que j’existe, mon exister qui constitue l’absolument intransitif, quelque chose sans intentionnalité, sans rapport. On peut tout échanger entre êtres sauf l’exister. » [3]
L’exister est donc une expérience essentiellement intérieure. Concevoir un évènement qui va permettre le dépassement de cette solitude et qui a une portée ontologique, c’est comprendre la portée du poème dans le face à face avec autrui, situé dans le temps, et qui permet de se délivrer du poids de la matérialité qui nous voue à la souffrance et à la mort.
La rencontre avec le souffle d’autrui, échangé poétiquement pendant l’intervalle qui sépare le présent et la mort a lieu :
«Cette marge à la fois signifiante mais infinie où il y a toujours assez de place pour l’espoir »[4].
Cet avenir autre et nouveau, est offert grâce à la rencontre avec le souffle de l’autre et par la médiation de l’art et dans le contexte qui nous intéresse, celui de la poésie ; en ce sens Levinas se démarque des analyses existentialistes et marxistes, pour lui :
« La relation avec l’avenir, la présence de l’avenir dans le présent, semble s’accomplir dans le face à face avec autrui. La situation de face à face serait l’accomplissement même du temps; l’empiètement du présent sur l’avenir n’est pas le fait d’un sujet seul, mais la relation intersubjective. La condition du temps est dans le rapport entre humains ou dans l’histoire. »[5] .
Et il précise :
« C’est pourquoi je ne définis pas l’autre par l’avenir, mais l’avenir par l’autre. »[6]
L’autre pour Levinas est celui que j’aime de façon ouverte et désintéressée, celui que l’on ne peut posséder, saisir ou connaitre. « Posséder, connaitre, saisir, sont des synonymes de pouvoir ».[7]
Or :
« L’autre en tant qu’autre n’est pas ici un objet qui devient notre ou qui devient nous; il se retire au contraire dans son mystère (…). Cette absence de l’autre est précisément sa présence comme autre. »[8]
L’asymétrie et la différence signifiées par l’autre nous permettent d’entrer dans un avenir, de nous projeter dans un lendemain. Au de là de la maladie et de la mort, il y a la possibilité d’une rencontre avec le souffle grâce à l’art, qui nous permet de faire jaillir un sens poétique du néant. Si l’on suit les traces du philosophe pour comprendre l’autre il faut en saisir l’avenir dont il est porteur. Cet avenir soufflé.
La position du sujet est donc une position bien difficile à occuper car elle suppose une grande ouverture aux autres, doublée d’une capacité d’écoute à la fois psychanalytique et sociale, à même d’accepter le partage du pouvoir et la mise en commun des savoirs en vue de la formation des personnes et de leur évolution partagée ; la position du sujet emprunte sa poétique au souffle.
Finalement avec le temps je me dis que l’on devient sujet, de la même façon que l’on compose, lentement en faisant face aux autres au pluriel, ces autres émancipateurs, inhibiteurs, semblables ou différents, proches ou lointains, représentant chacun une discipline, un rapport au savoir, une conception de gestion, une volonté d’apprendre, une recherche accomplie, avec qui on installe, dans un contexte d’interdiction de violence, un dialogue sur le sens de notre présence au monde, sur l’art et la science que demande cette présence…
Tout cela gère une possibilité d’échange puis de reconnaissance, l’on se décloisonne petit à petit, l’on s’exprime, et partage sa quête, ses doutes, ses concepts, ses découvertes, explore les différentes perspectives pour parvenir à un champ théorique commun, l’on évolue : L’émergence du nous, d’une société
« Durable », qui va rendre possible l’éclosion d’une connaissance collective, multi référentielle, ouverte à la complexité est une promesse d’avenir, dire nous c’est contempler l’horizon, dans une histoire pavée d’évènements faiseurs de sens et d’humanité.
L’issue du labyrinthe qui nous enferme en nous mêmes, s’ouvre à nous lorsque nous acceptons de regarder le problème qui nous hante de face : la négation de la conscience de la personne pour le maintient de la survie du pouvoir arbitraire dans un groupe qui se nourrit de la compétition et de la reproduction des savoirs et que nous décidons courageusement de nous réunir pour penser ensemble les moyens de le résoudre et d’introduire du souffle dans la formation scientifique, de l’humaniser.
Les philosophes avec leur problème de conscience ne sont plus chez eux dans les écoles, ils sont devenus les étrangers, les ermites, la marge… Ils présentent aux uns et à l’autre visage humain que ceux-ci ne reconnaissent pas ou confondent avec d’autres. Ce visage qui pense librement n’est pas une menace cependant, mais une promesse gardée ; celle de la reconnaissance des uns par les autres de leur devenir partagé et créateur, dans la mesure où l’imagination et les émotions contenues dans l’art sont intégrées dans le cursus de la formation du scientifique.
« Toute Pensée émet un coup de dés. » (10 / Stéphane Mallarmé in Un coup de dés n’abolira jamais le hasard, Poème, Gallimard, 2006.)
En effet la philosophie a plusieurs points de convergence avec l’art dans nos sociétés post modernes, comme l’art, elle se veut une forme de connaissance habitée, où il y a du souffle dans la pensée, comme l’art, sa pratique est issue de la rencontre, et si la philosophie constitue définitivement un défi pour les autres disciplines, elle semble néanmoins une piste sérieuse pour l’avenir, car elle implique le mouvement d’un groupe vivant, coopératif, où chaque membre est attentif à ce qui nait en lui, dans le groupe et où la collectivité ne gomme pas la singularité, mais lui permet au contraire de tracer librement son parcours d’auteur, parcours qui vient enrichir l’itinéraire de composition collective de connaissances nouvelles.
En outre la philosophie comme l’art apportent une série de formidables découvertes conceptuelles sur le plan méthodologique qui permettent d’affiner la démarche post moderne, parmi lesquelles le concept de souffle, qui autorise la prise de position, en deçà du connu, vers l’émergence de la création, au sein de la rencontre.
[1] LEVINAS, Emmanuel in Le temps et l’autre PUF, France, 2007 p.17
[2] LEVINAS, ibidem p.19, 21.
[3] LEVINAS, p. 21
[4] LEVINAS, ibidem p.68
[5] LEVINAS, ibidem, p.69
[6] LEVINAS, ibidem, p.71
[7] LEVINAS, ibidem,p.78
[8] LEVINAS, ibidem, p.89.
2) POÉSIE, PHILOSOPHIE ET COMPLÉXITÉ DANS LE DOMAINE SCIENTIFIQUE
Une crise de sens :un problème éthique, un problème humain n’est bien souvent pas simplement un problème de nature philosophique, il peut remettre à des problèmes de formation, des problèmes sociaux, des problèmes de nature psychanalytique, des problèmes économiques, la résolution de la crise est donc complexe, elle implique une concertation et une mutation même, entre chercheurs de plusieurs disciplines représentant différentes perspectives: pour que l’on puisse faire du sens ensemble, pour que l’on puisse pénétrer ensemble « dans l’intelligence des choses »[1] et mieux comprendre où l’on va ou où l’on ne va plus…Et saisir de la sorte, pourquoi on ne parvient pas à atteindre un sens et un bien qui puisse être partagé entre deux ou plusieurs personnes, à fortiori un groupe de personnes.
Cela tient de l’art, au sens fort.
Edgar Morin tente de répondre au défi posé par la complexité devant l’incertitude et la difficulté qui en émanent. Il indique à cet effet plusieurs avenues de la complexité :
« La première avenue, le premier chemin est celui de l’irréductibilité du hasard et du désordre. »[2]
Edgar Morin fait ici référence aux travaux du mathématicien Gregory Chaintin sur le hasard, l’on pourrait citer également la deuxième loi de la thermodynamique qu’est l’entropie qui semble conduire l’univers vers le chaos, et qui nous éloigne de la vision grecque antique de cosmos rationnel et ordonné, ou d’un Dieu qui comme le voulait Voltaire serait un grand horloger… Face au hasard et au désordre, face aux théories du chaos Deleuze nous indique que nous avons notre cerveau, notre capacité à philosopher; à créer du sens à partir du non sens. Toutefois les conflits et les crises dans une vision contemporaine sont au dedans et au dehors, ce qui exige de l’esprit une véritable mutation pour être capable, devant le désordre et l’incertitude, trouver une certaine sérénité, un axe à partir duquel on tente de résoudre les conflits et donner du sens aux choses, un centre à partir duquel l’être s’ouvre à l’altérité et se positionne. Or la prise de position constitue un acte de création. Devenir soi, en appelle au poème, à l’imaginaire, aux émotions qui constituent leur souffle. L’inspiration seule va nous conférer le courage pour voir dans la crise une opportunité, un Kairos, dans une chronologie mortifère.
La deuxième avenue de la complexité est la transgression dans les sciences naturelles, des limites de ce que l’on pourrait appeler l’abstraction universaliste qui éliminait la singularité, la localité et la temporalité.[3]
Autrement dit comme l’a souligné Bachelard, une expérience qui a lieu ici et maintenant ne peut être dite valable toujours, partout et de tous les temps. Ce qui introduit les notions de relativité et comme le souligne Morin de singularité.
Ces découvertes des sciences naturelles sont très importantes pour la philosophie issue des Lumières et qui souhaite les valeurs humaines universelles, accessibles à tous, toujours et partout. Ce que la pensée de la complexité nous apporte est qu’il faut articuler ces valeurs humaines conçues comme étant « universelles » aux différents contextes où des vies humaines singulières se développent, à la dimension poétique de chaque vie, afin que l’interdit de la violence et l’intégrité physique et psychique des personnes soient effectivement respectées, afin que les conditions de possibilité du développement humain soient préservée.
L’articulation du texte des droits humains aux différents contextes mondiaux est complexe, et si la possibilité de se penser libres et égaux est universellement là, l’effort de transmission des valeurs demande de penser poétiquement et en ayant en vue dans la personne son processus de création possible, en ayant en vue la singularité de chaque histoire, la subjectivité dans l’objectivité, pour résoudre des conflits uniques, des crises de sens situées dans l’espace et dans le temps, en ayant en vue la dimension poétique irréductible d’une vie humaine.
La troisième avenue de la complexité est celle de la complication. Le problème de la complication a surgi à partir du moment où l’on a vu que les phénomènes biologiques et sociaux présentaient un nombre incalculable d’interactions, d’inter-rétroactions, un fabuleux enchevêtrement qui ne pouvait être computé même par le plus puissant ordinateur, d’où le paradoxe de Niels Bohr disant :
« Les interactions qui maintiennent en vie l’organisme d’un chien sont celles qu’il est impossible d’étudier in vivo. Pour les étudier correctement, il faudrait tuer le chien. »[4]
Cet état de fait : la complication, en appelle au dialogue transdisciplinaire entre chercheurs des différentes disciplines, à l’exercice des multi références et des multi perspectives, pour rendre compte de la complexité d’une problématique scientifique. En poésie l’on parlerait de Correspondances…
La quatrième avenue de la complexité s’est ouverte lorsqu’on a commencé à concevoir une mystérieuse relation complémentaire et pourtant logiquement antagoniste entre les notions d’ordre, de désordre et d’organisation. C’est bien là le principe « order from noise » formulé par Heinz von Forster en 1959, qui s’opposait au principe classique « order from order (l’ordre naturel obéissant aux lois naturelles) et au principe statistique « order from disorder » (où un ordre statistique, au niveau des populations, naît des phénomènes désordonnés/aléatoires au niveau des individus). Le principe « order from noise » signifie que des phénomènes ordonnés (je dirais organisés) peuvent naître d’une agitation ou turbulence désordonnée. [5]
Faisant référence aux travaux de Ilya Prigogine Morin met en évidence une relation de structuration entre l’ordre, le désordre et l’organisation. Cette relation est essentielle pour le domaine de la philosophie mais aussi de l’art, à savoir que derrière une situation de désordre apparent peuvent naître de nouvelles formes d’organisation, et que dans le désordre il y a un potentiel d’organisation à venir, que peut être dans l’immédiat nous ne comprenons pas.
Ainsi dans le désordre et le chaos de la maladie, de la crise, vit une dimension poétique en état de latence qui peut littéralement exploser de sens, lorsque l’on en désespère précisément.
Il y a donc un effort de lecture à produire dans les situations chaotiques et conflictuelles, compliquées ou confuses, qui remettent à des éléments de problèmes que nous ne percevons pas toujours immédiatement, et qu’il nous faut élucider en faisant parfois jouer entre elles de façon créatrice, des connaissances de plusieurs disciplines.
La cinquième avenue de la complexité est celle de l’organisation.[6]
En étudiant les organisations complexes Morin s’inspire de la figure de l’hologramme et fait allusion à l’existence d’un principe hologrammatique :
« L’hologramme est l’image physique dont les qualités de relief, de couleur et de présence tiennent au fait que chacun de ses points contient toute l’information de l’ensemble qu’elle représente. Eh bien nous avons ce type d’organisation dans nos organismes biologiques; chacune de nos cellules, y compris la plus modeste comme une cellule de notre épiderme, contient l’information génétique de notre être global.(…) Dans ce sens, on peut dire non seulement que la partie est dans le tout, mais que le tout est dans la partie. »
Et l’auteur en déduit : « Je ne peux comprendre un tout que si je connais particulièrement les parties, mais je ne peux comprendre les parties que si je connais le tout. Mais ça veut dire quoi? Ça veut dire qu’on abandonne un type d’explication linéaire pour un type d’explication en mouvement, où l’on va des parties au tout, du tout aux parties, pour essayer de comprendre le phénomène ». Ainsi dans le domaine de la conscience, propre à la philosophie, on ne peut saisir tous les éléments d’un positionnement éthique, sans étudier le contexte social où il a lieu, la dimension inconsciente du désir qui l’anime, les motivations économiques qui le sous tendent, enfin sans étudier le contexte environnemental où le sujet est immergé et d’où il tente de dégager un acte volontaire et libre, un acte qui se décline poétiquement. Dans le domaine de la conscience, une approche similaire à celle de l’art, apparaît donc, comme nécessaire et féconde.
Une sixième avenue semble se présenter ici :
Nous devons lier le principe hologrammatique à un autre principe de complexité, qui est le principe d’organisation récursive. L’organisation récursive est l’organisation dont les effets et produits sont nécessaires à sa propre causation et à sa propre production. C’est très exactement le problème de l’autoproduction et de l’auto organisation.
Ce concept d’auto organisation, va en inspirer un autre celui d’auto éco organisation, qui nous situe dans la perspective, du point de vue de la conscience, d’une « écologie de l’esprit » et où l’on ne peut dissocier l’étude du sujet de celle de son environnement et parfois de la toxicité du système. Or pour faire face au nombreuses difficultés d’un parcours humain en crise, dans cette perspective on parlera de transdisciplinarité, une formation qui prend en compte dans la formation de la personne ses principes auto et éco organisateurs, sa créativité, son auto-poiesis : sa capacité non seulement à s’ajuster mais à transformer son environnement.
Et voici la septième avenue de la complexité, l’avenue de la crise des concepts clos et clairs (clôture et clarté étant complémentaires), c’est à dire la crise de la clarté et de la séparation dans l’explication.[7]
Cette crise entraine une « crise de la démarcation nette entre l’objet, surtout l’être vivant et son environnement. C’était pourtant sur cette idée que la science expérimentale avait pu s’imposer avec succès, puisqu’elle pouvait prendre un objet, l’arracher à son environnement, le situer dans un environnement artificiel qui est celui de l’expérience, le modifier et contrôler ses modifications pour le connaître. Ceci fonctionnait effectivement au niveau d’une connaissance de manipulation, mais devenait moins pertinent au niveau d’une connaissance de la compréhension. »[8] L’auteur va se référer ici au cas des animaux de laboratoire et la différence des résultats des études en éthologie menées dans leur habitat naturel notamment dans le cas des chimpanzés.
Cette connaissance à partir de la compréhension de l’importance de la relation être environnement aboutit à la notion clé d’auto-éco organisation, ce qui attribue une dimension complexe et créatrice, au concept d’autonomie, qui représente à la fois : un système clos, afin de préserver son individualité et un système ouvert sur le monde avec lequel il interagit. Encore un important apport de l’art pour la philosophie, faisant référence aux nouvelles logiques qui en appellent au dialogue et à l’inclusion de situations à priori antagonistes. L’on peut d’ores et déjà remarquer que les contradictions et les paradoxes apparents remettent à de nouveaux modes complexes de structuration, qui mettent en jeu plusieurs niveaux de réalité et défient une approche plus classique et conventionnelle du réel; celle du grand horloger…Ainsi si la liberté en éthique existe, elle implique cependant d’accepter qu’elle tient sa nature du positionnement du poète, qui travaille au corps ses émotions, davantage que celle du conditionnement d’un cerveau ignorant sa part inconsciente.
Huitième avenue de la complexité (…) c’est le retour de l’observateur.(…) D’où cette règle de complexité : l’observateur/concepteur doit s’intégrer dans son observation et dans sa conception. Il doit essayer de concevoir son hic at nunc socio-culturel. Tout ceci n’est pas seulement le retour à la modestie intellectuelle, c’est le retour à l’aspiration authentique à la vérité.[9]
Ce faisant l’auteur s’appuie sur toutes les expériences en sciences anthroposociales et en sciences physiques qui démontrent que l’observateur intervient dans l’observation et altère par sa présence les résultats de l’observation. Il propose ainsi le principe de la réintégration du concepteur dans la conception :
« La théorie quelle qu’elle soit et de quoi il s’agisse doit rendre compte de ce qui rend possible la production de cette théorie elle-même, si elle ne peut en rendre compte, elle doit savoir que le problème demeure posé. ».[10]
La prise de position est ici profondément philosophique, elle vise l’implication créatrice du sujet et la place de la conscience dans une recherche qu’elle quelle soit.
Or en fonction de tout ce qui a été décrit, la complexité exige pour être comprise une pensée multidimensionnelle, composée de multi perspectives, donc une pensée dialogique, une pensée ouverte et créatrice sur la place de l’autre et son importance pour une meilleure compréhension de soi, des autres et du monde: un souffle, en somme.
[1] CEDELLE Luc, MEIRIEU Philippe, Un pédagogue dans La cite, Ed. Desclée de Browner, France,2012
[2] MORIN, Edgar in Les Défis de La Complexité site mouradpreure.unblog.fr (revue Chimères)
[3] MORIN Edgar, ibidem 10.
[4] MORIN Edgar, ibidem 10.
[5] MORIN Edger, ibidem 10.
[6] MORIN Edgar, ibidem 10.
[7] MORIN, Edgar ibidem 10
[8] MORIN, Edgar in Ibidem 10
[9] MORIN, Edgar ibidem 10
[10] MORIN, Edgar, ibidem 10

L’altérité du souffle et l’avenir de l’art

novo

1) ALTÉRITÉ DU SOUFFLE

Emmanuel Levinas dans son bel ouvrage Le temps et l’autre[1], tente de démontrer que « le temps n’est pas le fait d’un sujet isolé et seul, mais il est la relation même du sujet avec autrui », c’est par le souffle d’autrui dont l’art est porteur, que l’avenir devient possible. Levinas précise que son analyse ne sera pas anthropologique, mais ontologique : « En remontant à la racine ontologique de la solitude, nous espérons entrevoir en quoi cette solitude peut être dépassée ».[2] Pour comprendre la place du souffle de l’autre l’auteur va partir de la solitude de l’exister, une solitude constitutive de la condition humaine face à la souffrance et à la mort :

«En quoi consiste l’acuité de la solitude? Il est banal de dire que nous n’existons jamais au singulier. Nous sommes entourés d’être et de choses avec lesquels nous entretenons des relations. Par la vue, par le toucher, par la sympathie, par le travail en commun, nous sommes avec les autres. Toutes ces relations sont transitives : je touche un objet, je vois l’Autre. Mais je ne suis pas l’autre. Je suis tout seul. C’est donc l’être en moi, le fait que j’existe, mon exister qui constitue l’absolument intransitif, quelque chose sans intentionnalité, sans rapport. On peut tout échanger entre êtres sauf l’exister[3]

L’exister est donc une expérience essentiellement intérieure. Concevoir un évènement qui va permettre le dépassement de cette solitude et qui a une portée ontologique, c’est comprendre la portée de souffle du face à face avec autrui, dans le temps, et qui permet de se délivrer du poids de la matérialité qui nous voue à la souffrance et à la mort.

La rencontre avec le souffle d’ autrui a lieu pendant l’intervalle qui sépare le présent et la mort :

«Cette marge à la fois signifiante mais infinie où il y a toujours assez de place pour l’espoir »[4]. Cet avenir autre et nouveau, m’est offert grâce à la rencontre avec le souffle de l’autre et par la médiation de l’art : en ce sens Levinas se démarque des analyses existentialistes et marxistes, pour lui :

«La relation avec l’avenir, la présence de l’avenir dans le présent, semble s’accomplir dans le face à face avec autrui. La situation de face à face serait l’accomplissement même du temps; l’empiètement du présent sur l’avenir n’est pas le fait d’un sujet seul, mais la relation intersubjective. La condition du temps est dans le rapport entre humains ou dans l’histoire.»[5] .

Et il précise :

«C’est pourquoi je ne définis pas l’autre par l’avenir, mais l’avenir par l’autre.»[6]

L’autre pour Levinas est celui que j’aime de façon gratuite et désintéressée, celui que l’on ne peut posséder, saisir ou connaitre. « Posséder, connaitre, saisir, sont des synonymes de pouvoir ».[7] Or :

« L’autre en tant qu’autre n’est pas ici un objet qui devient notre ou qui devient nous; il se retire au contraire dans son mystère (…). Cette absence de l’autre est précisément sa présence comme autre. »[8]

L’asymétrie et la différence signifiées par l’autre nous permettent d’entrer dans un avenir, de nous projeter dans un lendemain. Au de là de la maladie et de la mort, il y a la possibilité d’une rencontre avec le souffle grâce à l’art, qui nous permet de faire jaillir du sens du néant. Si l’on suit les traces du philosophe pour comprendre l’autre il faut en saisir l’avenir dont il est porteur.

La position du sujet est donc une position bien difficile à occuper car elle suppose une grande ouverture aux autres, doublée d’une capacité d’écoute à la fois psychanalytique et sociale, à même d’accepter le partage du pouvoir et la mise en commun des savoirs en vue de la formation des personnes et de leur évolution soufflée: la position du sujet emprunte son souffle à l’art.

Finalement avec le temps je me dis que l’on devient sujet, de la même façon que l’on compose, lentement en faisant face aux autres au pluriel, ces autres émancipateurs, inhibiteurs, semblables ou différents, proches ou lointains, représentant chacun une discipline, un rapport au savoir, une conception de gestion, une volonté d’apprendre, une recherche accomplie, avec qui on installe, dans un contexte d’interdiction de violence, un dialogue sur le sens du souffle de notre présence au monde, sur l’art que demande cette présence… Tout cela gère une possibilité d’échange puis de reconnaissance, l’on se décloisonne petit à petit, l’on s’exprime, et partage sa quête, ses doutes, ses concepts, ses découvertes, explore les différentes perspectives pour parvenir à un champ théorique commun, l’on évolue : L’émergence du nous, d’une société « durable », qui va rendre possible l’éclosion d’une connaissance collective, multi référentielle, ouverte à la complexité est une promesse d’avenir, dire nous c’est contempler l’horizon, dans une histoire pavée d’évènements faiseurs de sens et d’humanité.

L’issue du labyrinthe qui nous enferme en nous mêmes, s’ouvre à nous lorsque nous acceptons de regarder le problème qui nous hante de face : la négation de la conscience de la personne pour le maintient de la survie du pouvoir arbitraire dans un groupe qui se nourrit de la compétition et de la reproduction des savoirs et que nous décidons courageusement de nous réunir pour penser ensemble les moyens de le résoudre.

Les philosophes avec leur problème de conscience ne sont plus chez eux dans les écoles, ils sont devenus les étrangers, les ermites, la marge… Ils présentent aux uns et aux autres un visage humain que ceux-ci ne reconnaissent pas ou confondent avec d’autres. Ce visage humain qui pense librement n’est pourtant pas une menace cependant, mais une promesse gardée ; celle de la reconnaissance des uns par les autres de leur devenir partagé et créateur.

« Toute Pensée émet un coup de dés. » (10 / Stéphane Mallarmé in Un coup de dés n’abolira jamais le hasard, Poème, Gallimard, 2006.)

En effet la philosophie a plusieurs points de convergence avec l’art dans nos sociétés post modernes, comme l’art, elle se veut une forme de connaissance habitée, où il y a du souffle dans la pensée, comme l’art, sa pratique est issue de la rencontre, et si la philosophie constitue définitivement un défi pour les autres disciplines, elle semble néanmoins une piste sérieuse pour l’avenir, car elle implique le mouvement d’un groupe vivant, coopératif, où chaque membre est attentif à ce qui nait en lui, dans le groupe et où la collectivité ne gomme pas la singularité, mais lui permet au contraire de tracer librement son parcours d’auteur, parcours qui vient enrichir l’itinéraire de composition collective de connaissances nouvelles.

En outre la philosophie comme l’art apportent une série de formidables découvertes conceptuelles sur le plan méthodologique qui permettent d’affiner la démarche post moderne, parmi lesquelles le concept de souffle, qui autorise la prise de position, en deçà du connu, vers l’émergence de la création, au sein de la rencontre.

[1] LEVINAS, Emmanuel in Le temps et l’autre PUF, France, 2007 p.17

[2] LEVINAS,ibidem p.19, 21.

[3] LEVINAS, p. 21

[4] LEVINAS, ibidem p.68

[5] LEVINAS, ibidem,p.69

[6] LEVINAS,ibidem, p.71

[7] LEVINAS,ibidem,p.78

[8] LEVINAS, ibidem, p.89.

Art, Philosophie et complexité

davi

Un problème éthique, un problème de sens n’est bien souvent pas simplement un problème de nature philosophique, il peut remettre à des problèmes de formation, des problèmes sociaux, des problèmes psychologiques, des problèmes économiques, sa résolution est donc complexe, et implique une concertation et une mutation même, entre chercheurs de plusieurs disciplines représentant différentes perspectives: pour que l’on puisse faire du sens ensemble, pour que l’on puisse pénétrer « dans l’intelligence des choses »[1] et mieux comprendre où l’on va…Et saisir pourquoi on ne parvient pas à atteindre un sens et un bien qui puisse être partagé entre deux ou plusieurs personnes, à fortiori un groupe de personnes.

Cela tient de l’art, au sens fort.

Edgar Morin tente de répondre au défi posé par la complexité devant l’incertitude et la difficulté qui en émanent. Il indique à cet effet plusieurs avenues de la complexité :

«La première avenue, le premier chemin est celui de l’irréductibilité du hasard et du désordre »[2]

Edgar Morin fait ici référence aux travaux du mathématicien Gregory Chaintin sur le hasard, l’on pourrait citer également la deuxième loi de la thermodynamique qu’est l’entropie qui semble conduire l’univers vers le chaos, et qui nous éloigne de la vision grecque antique de cosmos rationnel et ordonné, ou d’un Dieu qui comme le voulait Voltaire serait un grand horloger… Face au hasard et au désordre, face aux théories du chaos Deleuze nous indique que nous avons notre cerveau, notre capacité à philosopher; à créer du sens à partir du non sens. Toutefois les conflits et les crises dans une vision contemporaine sont au dedans et au dehors, ce qui exige de l’esprit une véritable mutation pour être capable, devant le désordre et l’incertitude, trouver une certaine sérénité, un axe à partir duquel on tente de résoudre les conflits et donner du sens aux choses, un centre à partir duquel l’être s’ouvre à l’altérité et se positionne. Or la prise de position constitue un acte de création. Devenir soi, en appelle au poème.

La deuxième avenue de la complexité est la transgression dans les sciences naturelles, des limites de ce que l’on pourrait appeler l’abstraction universaliste qui éliminait la singularité, la localité et la temporalité.[3]

Autrement dit comme l’a souligné Bachelard, une expérience qui a lieu ici et maintenant ne peut être dite valable toujours, partout et de tous les temps. Ce qui introduit les notions de relativité et comme le souligne Morin de singularité. Ces découvertes des sciences naturelles sont très importantes pour la philosophie issue des Lumières et qui souhaite les valeurs humaines universelles, accessibles à tous, toujours et partout. Ce que la pensée de la complexité nous apporte est qu’il faut articuler ces valeurs humaines conçues comme étant « universelles » aux différents contextes où des vies humaines singulières se développent, afin que l’interdit de la violence et l’intégrité physique et psychique des personnes soient effectivement respectées, afin que les conditions de possibilité du développement humain soient préservée. L’articulation du texte des droits humains aux différents contextes mondiaux est complexe, et si la possibilité de se penser libres et égaux est universellement là, l’effort de transmission des valeurs demande de penser fraternellement et en ayant en vue la personne comme processus de création, en ayant en vue la singularité de chaque histoire, la subjectivité dans l’objectivité, pour résoudre des conflits uniques, situés dans l’espace et dans le temps, en ayant en vue la dimension poétique irréductible d’une vie humaine.

La troisième avenue de la complexité est celle de la complication. Le problème de la complication a surgi à partir du moment où l’on a vu que les phénomènes biologiques et sociaux présentaient un nombre incalculable d’interactions, d’inter-rétroactions, un fabuleux enchevêtrement qui ne pouvait être computé même par le plus puissant ordinateur, d’où le paradoxe de Niels Bohr disant:

«Les interactions qui maintiennent en vie l’organisme d’un chien sont celles qu’il est impossible d’étudier in vivo. Pour les étudier correctement, il faudrait tuer le chien.»[4]

Cet état de fait : la complication, en appelle au dialogue transdisciplinaire entre chercheurs des différentes disciplines, à l’exercice des multi références et des multi perspectives, pour rendre compte de la complexité d’une problématique scientifique. En poésie l’on parlerait de Correspondances…

La quatrième avenue de la complexité s’est ouverte lorsqu’on a commencé à concevoir une mystérieuse relation complémentaire et pourtant logiquement antagoniste entre les notions d’ordre, de désordre et d’organisation. C’est bien là le principe « order from noise » formulé par Heinz von Forster en 1959, qui s’opposait au principe classique « order from order (l’ordre naturel obéissant aux lois naturelles) et au principe statistique « order from disorder » (où un ordre statistique, au niveau des populations, naît des phénomènes désordonnés/aléatoires au niveau des individus). Le principe « order from noise » signifie que des phénomènes ordonnés (je dirais organisés) peuvent naître d’une agitation ou turbulence désordonnée.[5]

Faisant référence aux travaux de Ilya Prigogine Morin met en évidence une relation de structuration entre l’ordre, le désordre et l’organisation. Cette relation est essentielle pour le domaine de la philosophie et de l’art, à savoir que derrière une situation de désordre apparent peuvent naître de nouvelles formes d’organisation, et que dans le désordre il y a un potentiel d’organisation à venir, que peut être dans l’immédiat nous ne comprenons pas.

Ainsi dans le désordre et le chaos vit une dimension poétique en état de latence qui peut littéralement exploser de sens, lorsque l’on en désespère précisément.

Il y a donc un effort de lecture à produire dans les situations chaotiques et conflictuelles, compliquées ou confuses, qui remettent à des éléments de problèmes que nous ne percevons pas toujours immédiatement, et qu’il nous faut élucider en faisant parfois jouer entre elles de façon créatrice, des connaissances de plusieurs disciplines.

La cinquième avenue de la complexité est celle de l’organisation.[6]

En étudiant les organisations complexes Morin s’inspire de la figure de l’hologramme et fait allusion à l’existence d’un principe hologrammatique :

«L’hologramme est l’image physique dont les qualités de relief, de couleur et de présence tiennent au fait que chacun de ses points contient toute l’information de l’ensemble qu’elle représente. Eh bien nous avons ce type d’organisation dans nos organismes biologiques; chacune de nos cellules, y compris la plus modeste comme une cellule de notre épiderme, contient l’information génétique de notre être global.(…) Dans ce sens, on peut dire non seulement que la partie est dans le tout, mais que le tout est dans la partie.» Et l’auteur en déduit : « Je ne peux comprendre un tout que si je connais particulièrement les parties, mais je ne peux comprendre les parties que si je connais le tout. Mais ça veut dire quoi? Ça veut dire qu’on abandonne un type d’explication linéaire pour un type d’explication en mouvement, où l’on va des parties au tout, du tout aux parties, pour essayer de comprendre le phénomène ». Ainsi dans le domaine de la conscience, propre à la philosophie, on ne peut saisir tous les éléments d’un positionnement éthique, sans étudier le contexte social où il a lieu, la dimension inconsciente du désir qui l’anime, les motivations économiques qui le sous tendent, enfin sans étudier le contexte environnemental où le sujet est immergé et d’où il tente de dégager un acte volontaire et libre, un acte qui se décline poétiquement. Dans le domaine de la conscience, une approche similaire à celle de l’art, apparaît donc, comme nécessaire et féconde.

Une sixième avenue semble se présenter ici :

Nous devons lier le principe hologrammatique à un autre principe de complexité, qui est le principe d’organisation récursive. L’organisation récursive est l’organisation dont les effets et produits sont nécessaires à sa propre causation et à sa propre production. C’est très exactement le problème de l’autoproduction et de l’auto organisation.

Ce concept d’auto organisation, va en inspirer un autre celui d’auto éco organisation, qui nous situe dans la perspective, du point de vue de la conscience, d’une écologie de l’esprit et où l’on ne peut dissocier l’étude du sujet de celle de son environnement et parfois de la toxicité du système. Or pour faire face au nombreuses difficultés d’un parcours éthique, dans cette perspective on parlera en transdisciplinarité d’auto formation, de co-formation et d’ éco formation, notamment dans les travaux de Gaston Pineau et Pascal Galvani et Helene Trocmé Fabre consultables sur le site du CIRET, une formation qui prend en compte dans la formation de la personne ses principes auto et éco organisateurs, sa créativité.

Et voici la septième avenue de la complexité, l’avenue de la crise des concepts clos et clairs (clôture et clarté étant complémentaires), c’est à dire la crise de la clarté et de la séparation dans l’explication.[7]
Cette crise entraine une « crise de la démarcation nette entre l’objet, surtout l’être vivant et son environnement. C’était pourtant sur cette idée que la science expérimentale avait pu s’imposer avec succès, puisqu’elle pouvait prendre un objet, l’arracher à son environnement, le situer dans un environnement artificiel qui est celui de l’expérience, le modifier et contrôler ses modifications pour le connaître. Ceci fonctionnait effectivement au niveau d’une connaissance de manipulation, mais devenait moins pertinent au niveau d’une connaissance de la compréhension. »[8] L’auteur va se référer ici au cas des animaux de laboratoire et la différence des résultats des études en éthologie menées dans leur habitat naturel notamment dans le cas des chimpanzés.

Cette connaissance à partir de la compréhension de l’importance de la relation être environnement aboutit à la notion clé d’auto-éco organisation, ce qui attribue une dimension complexe et créatrice, au concept d’autonomie, qui représente à la fois : un système clos, afin de préserver son individualité et un système ouvert sur le monde avec lequel il interagit. Encore un important apport de l’art pour la philosophie, faisant référence aux nouvelles logiques qui en appellent au dialogue et à l’inclusion de situations à priori antagonistes. Nous reviendrons sur ce point plus avant dans le texte. Toutefois l’on peut d’ores et déjà remarquer que les contradictions et les paradoxes apparents remettent à de nouveaux modes complexes de structuration, qui mettent en jeu plusieurs niveaux de réalité et défient une approche plus classique et conventionnelle du réel; celle du grand horloger…Ainsi si la liberté en éthique existe, elle implique cependant d’accepter qu’elle tient sa nature du positionnement du poète davantage que celle du conditionnement dogmatique d’un cerveau.

Huitième avenue de la complexité (…) c’est le retour de l’observateur.(…) D’où cette règle de complexité : l’observateur/concepteur doit s’intégrer dans son observation et dans sa conception. Il doit essayer de concevoir son hic at nunc socio-culturel. Tout ceci n’est pas seulement le retour à la modestie intellectuelle, c’est le retour à l’aspiration authentique à la vérité.[9]

Ce faisant l’auteur s’appuie sur toutes les expériences en sciences anthroposociales et en sciences physiques qui démontrent que l’observateur intervient dans l’observation et altère par sa présence les résultats de l’observation. Il propose ainsi le principe de la réintégration du concepteur dans la conception : « La théorie quelle qu’elle soit et de quoi il s’agisse doit rendre compte de ce qui rend possible la production de cette théorie elle-même, si elle ne peut en rendre compte, elle doit savoir que le problème demeure posé. ».[10] La prise de position est ici profondément philosophique, elle vise l’implication créatrice du sujet et la place de la conscience dans une recherche qu’elle quelle soit.

Or en fonction de tout ce qui a été décrit, la complexité exige pour être comprise une pensée multidimensionnelle, composée de multi perspectives, donc une pensée dialogique, une pensée ouverte et créatrice sur la place de l’autre et son importance pour une meilleure compréhension de soi, des autres et du monde: un souffle, en somme.

[1] CEDELLE Luc, MEIRIEU Philippe, Un pédagogue dans La cite, Ed. Desclée de Browner,France,2012

[2] MORIN, Edgar in Lês Défis de La Compléxité site mouradpreure.unblog.fr (revue Chimères)

[3] MORIN Edgar, ibidem 10.

[4] MORIN Edgar, ibidem 10.

[5] MORIN Edger, ibidem 10.

[6] MORIN Edgar, ibidem 10.

[7] MORIN, Edgar ibidem 10

[8] MORIN, Edgar in Ibidem 10

[9] MORIN, Edgar ibidem 10

[10] MORIN, Edgar, ibidem 10

LIBERTÉ ET FIDÉLITÉ EN TEMPS DE GUERRE

Hommage au Président du CIRET – Dr. Basarab Nicolescu

Mariana Thieriot Loisel, Le 31 juillet 2014.

1) AFFECTION ET DÉPENDANCE

Lorsque l’on se penche sur l’étude des émotions, tout un chacun peut constater leur plasticité, nos émotions évoluent, souffrent toute sortes d’altérations, la passion se mue en amitié, l’amitié en passion, la tendresse en dégoût, la dégoût en honte… Bref nous sommes affectés de formes diverses, par des objets ou des sujets qui nous conduisent sur la pente difficile de la dépendance. Toutefois de la même façon que les émotions nous aveuglent, nous emprisonnent à des choses ou a des personnes qui nous violentent, elles peuvent nous indiquer le chemin de la liberté.

En effet de façon traditionnelle, néoplatonicienne, dans un élan de maîtrise très cartésien, nous faisons appel à la raison lorsque les émotions se déchaînent et nous tirent à hue et à dia, comme une frêle embarcation dans une mer démontée. Toutefois comme le démontrent psychiatres et psychanalystes, depuis la découverte de l’inconscient par Freud, devant les flots de honte et de peur, le beau vernis de la raison s’effrite et les chutes et les rechutes nous guettent. Amours inoubliables, cigarettes cent fois rallumées, ongles rongés, anxiété omniprésente etc.… Les lumières de la raison s’éteignent et le détachement semble d’ autant plus complexe que la dépendance se présente comme un fait durable et qui s’est transformé en habitude, en présence à la fois rassurante et dangereuse : présence rassurante car elle nous conforte dans notre narcissisme, dangereuse car elle se veut comme indispensable.

Ainsi nous glissons dans les rets d’un être qui se veut tout puissant pour nous, sans lequel nous ne saurions survivre, qui nous guide, nous éclaire, mais aussi curieusement nous endoctrine et nous enlise.

Car nous ne savons plus rien sans lui : nos décisions deviennent ses décisions, ses craintes, nos craintes, ses limitations, nos limitations. Tout le monde est plus ou moins passé par là. Souffrir dans les mains d’une autorité abusive est un phénomène récurrent.

Imprégnés par une formation autoritaire et arbitraire nous pouvons parfois aveuglément reproduire le modèle et une fois autonomes devenir à notre tour insupportablement abusifs et arrogants. Ainsi parce que nous avons été brisés, nous brisons à notre tour. Cette spirale de blessures et d’offenses et bien connue sous la catégorie de « sadomasochisme ».

Ainsi l’enfant blessé devient le parent violent, l’amant trahi se mue en Casanova, l’élève passif se transforme en adulte doctrinaire, la victime devient bourreau et l’ordre se répète, névrotiquement, de façon menaçante et imbécile.

La liberté se présente donc forcément comme un modèle subversif, qui vient rompre

Une dépendance à une personne dont on perçoit les limites et les abus et que l’on refuse d’imiter. La liberté représente un changement de scenario.

Mais d’où nous vient la confiance et le courage pour nous dégager de ces liens pervers,

Qui nous rassurent et nous étouffent à la fois ? Ces liens d’épouvante ?

2) AMITIÉ ET LIBERTÉ : UN TIERS EXPOSÉ

Bien souvent c’est la présence d’un tiers, d’un médiateur, qui intervient, en temps de guerre, qui s’expose pour nous indiquer qu’il existe une piste pour se sortir du bourbier des relations que la vie nous impose et qui nous rendent malades.

Une institutrice ou un psychologue scolaire qui vont découvrir la maltraitance ou les abus, un ami qui va chercher de l’aide, un voisin qui entend des cris répétés et appelle au secours, une main tendue, un sourire, un casque bleu dans un champ de bataille, qui nous font signe que l’enfer peut avoir une fin, que le voyage au bout de la nuit possède un matin et commence alors un long et lent parcours de transformation.

Car comme il est complexe de se dégager de liens pathologiques qui se sont transformés en habitude ; l’habitude de fumer, de boire, de frapper ou d’être frappé, d’attaquer et d’être attaqué, l’habitude de se taire et de cacher ce que l’on ressent, de se blesser ou de s’anesthésier… Comme c’est difficile de rompre avec la honte d’être soi après avoir été humilié parfois une vie durant. La victime s’habitue au bourreau au point de l’aimer et tout cela à un je ne sais quoi ou presque rien de confortable, de telle sorte que la liberté s’avère difficile.

Il y a les rechutes, les retours en arrière ; les fameuses « régressions », on cherche désespérément le lait dans une poitrine sèche, dont la source s’est tarie avec amertume, il y a longtemps déjà. On tend une fleur et on reçoit une gifle. Inévitablement. Pourtant nous savions bien qu’il n’y avait rien à espérer de ce coté là. Mais on essaye comme un ultime retour au paradis perdu. On chasse au loin l’ami, le voisin, l’instituteur, le drapeau blanc. L’amitié est mise à l’épreuve de la sorte bien souvent. Le philosophe le sait bien lui qui se veut avant tout un ami. La philosophie et l’exil vont si souvent de pair.

3) LIBERTÉ ET FIDÉLITÉ

Or c’est la fidélité qui nous sauve et nous délivre, ces amis qui tiennent bon à nos cotés lorsque le bourreau rode. Ces amis toujours présents, toujours disponibles pour une parole porteuse, encourageante et qui indique le vent du large. Ils peuvent nous aider par qu’ils on fait la traversée comme nous, bien avant nous ; ils ont survécu à un cancer, à une dépression profonde, à un père alcoolique, à une mère anorexique et complètement narcissique, à un professeur doctrinaire, à la mort d’un proche, à un camp de prisonnier, à la torture et que sais je encore… On s’habitue à la liberté doucement, mais la liberté a un goût définitif… Ainsi on apprend à défaire les pièges, on flaire le bourreau de loin et l’on emprunte les chemins de traverse.

Vite une plume, un pinceau, le grand air, la grande évasion… Vers un jardin ouvert, qui n’a d’autre secret que sa splendeur et où être soi n’est ni honteux ni blessant, car être soi est profondément libérateur. Le papillon s’échappe et laisse le collectionneur bredouille, ses filets sur les bras.

Plus tard, un jour peut être on se reverra… Mais plus aujourd’hui. Car aujourd’hui est orange et la branche est haute. L’amour incite à grandir et à créer, il guérit les plaies profondes de son écoute attentive, de sa présence annoncée et explicite à nos cotés. Aujourd’hui l’histoire et belle et la fin est heureuse sur l’écran de mon ordinateur. Il y a un sens, artisanal, humble, bricolé qui nous permet de durer. Il y a des couleurs, des sons, des odeurs, des sens ébahis, flattés et ton éclat de rire. Oh ce n’est pas un rire moqueur ni cruel, ce n’est pas un rire fat, ni blasé, c’est un rire fort, joyeux et clair, plein de bonté et de douceur. Certains sont morts pour le droit à ce rire là.

The Plasticity of my Emotions : the soul Art

“If one is interested in another, then one does not hurt the other.”[1]

 mandala 3

 

1) TRUTH AND THE SOUL ART

“We will be interested in not hurting one another, therefore we will make clearer judgments about whether expressing emotion would do all persons involved more harm than good.”[2] P.47

This is what it should happen in the art process, especially when one’s express emotions. When we give our art it is in order to help someone, this information is only useful if it doesn’t diminish him or her, if it allows him or her to solve a problem that he or she is failing to solve by sharing with her an experience of deep interest in our human condition. If the truth expressed through art helps the person to succeed during one’s living process, then, we can say that this art is deeply “true”. If the art is given with interest and affective attunement it will surely encourage a living process. The way the art is done and given, during the living process, can be a startle for interest and joy-excitement or on the contrary awake painful shame, dissmell and disgust and a self-punishment process. The connection between the plasticity of our emotions and art is a crucial factor to encourage evolution in the situation of a living process. In fact our emotions have to “mute” so that we are able to transform and overcome a painful script into a script that allow us to go on. We need to overcome shame, disgust and dissmell, the feeling of being somehow rejected through the label “bad” or “ wrong” thanks to the  art experience of mutual interest and affective attunement that creation allows us.

2) THE PRESENCE OF THE ART BODY

“Having people around you with whom you can begin to express emotion in more modulated and healthy ways will heal the brain.”[3]

According to the transdisciplinary research, Art, Sciences and Philosophy are interconnected. There are indeed several paths to express and understand our emotions, the Art path, the Yoga path, the philosophical or spiritual path, and the therapy path, the affect psychology path… Those paths are today closely interdependent; they refer to a “ soul body” approach in which all those knowledge’s are nowadays more and more transdisciplinary connected. They all encourage an emotional plasticity, the ability to change the script: to let go the old, and to let come the new. Of course it is very difficult to change a painful script alone. The fact of experiencing success instead of failure in art situations, sometimes in a new context, with different persons, a context of mutual interest, shared joy and fully understanding, will be very important to evolution.

However, periods of calm, the capacity of being alone and to develop an inner life in order to change the perceptions of oneself is also very important in the field of the plasticity of emotions. The art path can be very helpful to let go the label “bad”, and let come the label “learning”, to let go the shame belonging to our past memory feelings, and let come the affective attunement that allows interest and joy to be again part of the script.

“ (…) Everything, including ourselves, is eternally changing.”[4]  Being fully present to our emotions, sense the shame, the fear, the guilt, the dissmell, the disgust, let them be present is important to be able to transform those emotions:

There are tree sorts of feelings- pleasant, unpleasant and neutral. When we have an unpleasant feeling, we may want to chase it away. But is more effective to return to our conscious breathing and just observe it, identifying it silently to ourselves: “ Breathing in, I know there is an unpleasant feeling in me. Breathing out I know there is an unpleasant feeling in me. Calling by its name such as “anger”, “sorrow”, “joy” or “happiness”, helps us identify it clearly and recognize it more deeply.Our feelings play a very important part in directing all of our thoughts and actions. In us, there is a river of feelings, in which every drop of water is a different feeling, and each feeling relies on others for its existence. To observe it, we just sit on the bank of the river and identify each feeling as it surfaces, flows by, and disappears.

We can use our breathing to be in contact with our feelings and accept them. If our breathing is light and calm- a natural result of conscious breathing- our mind and body will slowly become light, calm and clear. Mindful observation is based on the principle of non-duality: our feeling is not separate from us or caused merely by something outside us, our feeling is us, and for the moment we are that feeling. We are neither drowned in nor terrorized by the feeling, nor do we reject it. Our attitude of not clinging to or rejecting our feelings is the attitude of letting go, an important part of meditation practice.

If we face our unpleasant feelings with care, affection, and nonviolence, we can transform them into the kind of energy that is healthy and has the capacity to nourish us.

By the work of mindful observation, our unpleasant feelings can illuminate so much for us, offering us insight and understanding into society and ourselves.”[5]

We can refer to “ many levels of acceptance”[6], of openness, of generosity towards the others and ourselves. In fact there are many levels of acceptance because there are many levels of perception, when one reaches the level of understanding, one’s opens his heart and his mind, and it is not simply in a cognitive level or in an emotional level, one’s matches both… Most often “We and our minds and bodies did the best they could under the circumstances”[7] But sometimes, not intentionally, their best is consider as the worst…So we have to work out with  the meaning of the  art script that guides the whole living process, thanks to our emotional plasticity in order to figure how to change a  painful script into a script of learning together, of sharing again joy and mutual interest.

According to Dr. Lynch

“The two major emotions are interest and shame[8]: “I think we tend to avoid pain of emotional hurt at all costs. When people feel hurt they have four basic ways of avoiding and denying emotional hurt, no matter how small or how large. These four ways are 1) to go away; 2) to attack ourselves: blame ourselves. 3. To attack others; To avoid, by medicating ourselves with drugs or alcohol, or sleeping, or working to hard, or by the thousands of other distraction we invent.” Even “Fighting is a distraction”.

The other issue is changing the script through our emotional plasticity, establishing a soul and body connection, thanks to activities such as meditation or also the Art path.  Art gives the person the opportunity to decelerate, re-think and transform his perceptions of the others, or of themselves. Thanks to this openness dialogue may externally happens.

Wisdom is not simply being ready to accept new information: we need to open our   heart for the one we are giving the new information, we need mutual trust, we need “ affective attunement”, emotional and cognitive skills so that the new information can really brings evolution and joy.

2) A STIMULUS, A FEELING, A NEW EVALUATION, A DIFFERENT RESPONSE: THE SOUL BODY

Reason does what emotion asks[9].

“We should start to employ the key emotion of interest to help us know those and ourselves dearest to us.”[10]

Following my researches about the non intention self evaluations, the process of under evaluating (I am bad) or over evaluating (I am the best), through diminishing or idealizing oneself, is part of the learning disability script.  For instance, while facing a failure (the stimulus) we feel disgust and shame (the emotion), we evaluate that we are bad (non intentional evaluation based on our biographical complex memory- feelings). However while facing failure we can learn with the help of others and  the art process to change our emotions, our evaluation, and our response, thanks to our mind plasticity. We can while facing a failure, remain neutral and calm, evaluate: I am in a learning process and change the response: what can I do in order to understand my mistake and how can I change the script in order to succeed?

 In fact “When we are both calm we will come to be able to create new habits based on mutual interest that will lead to more and more times when will be able to help each other turn bad scenes into good ones we so dearly wants.”[11]

 Again calm is a very important condition in order to improve the plasticity of emotions in the process of changing the script of the play.

“The little things are symbols for the bigger things”[12]

According to my research the not intentional attitudes, driven by emotions and that might hurt oneself or the other and leads to attack, self attack, avoidance or withdraw, have dreadful consequences through negative evaluations, we under evaluate ourselves, and we interrupt the art process. So we must be very careful before we criticize someone during a creative process, and we must be very careful also with our self-punishing affects of shame and guilt while we fail..the evaluation process should also be very careful: because creating involves a lot of repetition, and demand second chances.

“The little things and the big things are nevertheless very connected”[13]

The consciousness of not intentional attitudes is a consciousness of the importance of the little thing and their impact on the big things. Evaluation can do a lot of damage in the learning field, and I guess in the mental health of a person. There is a very important connection between evaluation, memory and emotion.

“Interest often involves forgiveness”[14].

Mutual interest implies changing the way in which you evaluate yourself and the others and the importance of our not intentional attitudes should be discussed with persons aware of the possibility of changing, as therapists, educators, scientists, and philosophers…

We have to change the script together of

“A self-punishing machine that traps one in a shame bind.”[15]

 

 p.96 (…) « we are not only our memory : we do indeed have reason. We can learn and reason, and work with our memories and add to our memories and learning through the here and now. We will learn and reason much better if we pay attention to the feelings associated with our memories. »[16]

In the learning field we have to act in the label “bad” or “the best” associated to feelings of shame and pride and associated to our memories:

1)    Maximize positive interpersonal emotion. Through a fair and formative evaluation; one that allows people to achieve one’s goals, for instance in the ethical field with shared interest and enthusiasm.

2)    Minimize negative interpersonal emotion, avoid shaming critics, moved by emotions of guilt, shame, disgust, dissmell, avoid self-punishment affects in order to please others.

3)    Minimize the inhibition of interpersonal emotion,

Have a neutral field, where express our true emotions: a sacred space as described by the American Indians, safe and calm, a meditative space, that allows the open dialogue, affective attunement and mutual interest in order to repair the damages of a learning disability script.

4)    Institute effective interpersonal processes that allow the first three rules to be used: change our relationship to the evaluation procedure.

If we feel safe then we will be able to experience the plasticity of emotions and change the disability learning script. This is what I call “ the ART BODY”, a soul body capable of creating a new vision about him, her and others, that allow the persons to learn together.

“I solve a problem by: 

  1. defining it
  2. evaluating it
  3. moderating it
  4. controlling it.”[1]

[1]  LYNCH, ibidem, p.101
So we could say that in order to achieve the plasticity of the learning script, We need to recognize the labels that are due to self- punishing affects, based on our biographical complex memory feelings, and thanks to our mind plasticity and the help of others through successful experiences modifies the label “bad” or “ the best” in to the label “learning”.

[1] LYNCH, ibidem 2 p.141
[2] LYNCH Brian, M.D Knowing your emotions, Ed. Interest Books, Inc., Chicago, USA, 2010 p, 47
[3]  Ibidem 1 p.47
[4]  ibidem 1 p.49
[5]Thich Nhat Hanh in Peace is every step, the path of mindfulness in Everyday life, Ed. Batam Books USA 1991 p.51,52
[6] Ibidem 1 p.51
[7]  Ibidem 1 p.51
[8] ibidem 1 p.53
[9] LYNCH, ibidem, p.194
[10] LYNCH ibidem p.70
[11] LYNCH, ibidem, p.95
[12] LYNCH ibidem p.73
[13]  LYNCH ibidem. P.74
[14] LYNCH, ibidem, p. 84
[15] LYNCH, ibidem, p.91
[16] LYNCH, ibidem, p.101 LYNCH,
[17]  LYNCH, ibidem, p.101