La Terre a fleuri: Impressions estivales 2018 par Mar Thieriot

INSPIRER LA PLUIE

Hier nos larmes mêlées
Couvrirent le jour de plaintes
L’amertume de ne plus voyager
De se rendre aux examens
D’être rivés au sol de la maladie

Cependant ce matin,
il pleut comme l’on pleure,
Il pleut de l’eau qui lave
De l’eau qui fertilise, qui soulage,
Il pleut un bruit doux et rassurant

Nous ne sommes pas seuls au monde.
Hôpitaux aux couloirs vivants
Peuples de soignants, soignés,
Chacun un jour apprendra à guérir
Comme il a su naître,
Comme l’on saura mourir.
La force de naître
L’humilité de mourir
La patience d’être ensemble esseulés,
En dépit de tout.

La solitude se partage aussi.
Mon corps pleure de sueur.

 

CIEL LIQUIDE

Une pluie verte tombe drue
Les arbres ruissellent
Les oiseaux de retour
Égayent les ciels avides de lumière
Les bruits ailés,
Les chants d’oiseaux.

L’odeur de terre humide m’inonde,
Me rassure.

Nous sommes au rendez vous
Nous sommes tièdes et vivants
Tels les narcisses suaves
Tels Les vieux chênes
Tels Les nuages fugaces
Tels Les pierres inamovibles

Seule compte la présence qui s’écrit
Parchemin sacré
Belle peau de nacre
Où les saisons creusent leurs rides

SUBLIME ESTIVAL

Ne plus savoir ce que le mot beauté veut dire.
Trop de définitions closes,
Trop de systèmes qui idéologisent le beau,
Le beau serait le bien, le vrai, le juste, le bon
Le sage.
Oui mais : nous mentons à nous-mêmes,
Nous avons un inconscient,
Nous allons mourir.
Je ne sais plus ce que le mot beauté veut dire.
En marche vers qui,
Vers où?
Vers la tombe. Inéluctablement.
Nuits de passion sans lendemain :
Printemps sans été écrit René Vivien.

Ce que le mot beauté veut dire :
Je regarde le printemps qui se répète,
Qui titube comme l’histoire,
Ivre de vert et de vie,
Éclore machinalement,
Sublime tristesse,
Sublime faiblesse,
Sublime désarroi,
Sublime folie estivale
Peut-être la beauté demeure une imposture
En héritage,
Peut-être pas.
Mince couche de mots qui peut encore reluire,
Frêle comme un papillon,
Une rose noire,
Être folle de notre liberté?

UN DIMANCHE TIÈDE

L’écrouloir tamisé de lumière,
Un autre jour se lève,
Sans pardon ni sursis.

Les illusions défaites
Les unes après les autres,
Déteignent l’encre sur la page
Pâle de stupeur.

Les masques jonchent le pavé.
Les appels aux secours sont inutiles
La maladie avide vous ronge.

Les fleurs embaument
Il fait ironiquement tiède et si beau :
Un ciel encore, de cristal gris.
Mes mains ne savent qu’écrire.
Versifier le pire.

S’assoir au pied d’un vieil arbre
À l’ombrage calme et silencieux,
Tandis que le temps, vorace,
Nous dévore sans pitié

Humer la terre douce et silencieuse
Coucher le poème sur l’herbe,
Empreintes des doigts ridés,
Qui tracent l’inscription du vent.

J’essaye d’écrire un livre,
Il va être peuplé de fantômes.
Je te promets de vivre,
Je te promets de pardonner,
Je te promets d’aimer.
Je te promets de me souvenir.

Même si le temps passe,
Je te le promets.
Confusément je sais tu te reposes.

Je pose une rose auprès d’un prince,
Je pose la paix auprès d’un homme endormi.
Je pose un poème auprès d’un ami.

Pour lui j’aimerai croire au Paradis.

LA TRÊVE VERTE

L’hiver glacial, lumineux, pourtant,
Difficile en somme,
Laisse une empreinte blanche.

La vie retourne à elle-même,
Mais la toile hurle le froid.

Le soleil a brillé sur la glace,
Où sommeillaient les iris et les roses.

La vie revenue de tout,
Éclate de beauté.
La chaleur enveloppe les arbres et les corps.

Je pose un ouvrage sur la table,
Qui murmure notre sortie de l’enfer.

Le parfum des lilas se mêlent à la pluie,
Fausta est éditée
Entre deux coulées de neige
Une trêve verte.

LA TERRE A FLEURI

La rétine émue capte le vert tendre
Soudain l’éclosion
Après un hiver glacial
Bien trop long
Ma douleur sage
Nous vivrons quelque temps
Une saison heureuse

Goûter la brise dans les feuilles
Fouler l’herbe sous les pieds fatigués
Se taire à l’ombre d’un arbre
Sourire au retour des magnolias

La glace a fondu,
La terre a fleuri,
Nous sommes en vie
Sous un ciel plus clément,

La clé des saisons
Est une porte qui s’ouvre
Sur l’été

Mar Thieriot 26 Août 2018 Extrait inédit tout droits réservés

Étoile: Mar Thieriot-Loisel | Photos: Mar Thieriot-Loisel et Patrick Loisel

Entrevista – Fausta: poesia e pintura com Mar Thieriot

Neste vídeo em português, Mar Thieriot comenta a Entrevista realizada em francês –  tendo como entrevistadora a artista plástica Mehel -, após a Exposição de pinturas e lançamento do livro “Fausta”.

 

Podcast

Exposition “Fausta” – Mar Thieriot – 19 Juin 2018

À celui qui observe, devant mes toiles, celles-ci ne tentent pas de reproduire un modèle, ce sont des aperçus du ciel à différents moment. Chaque toile se voudrait une fenêtre. Une fenêtre vers l’âme aussi, pour éclairer les ciels et les enfers qui nous habitent. La fenêtre établit le contact entre le dedans et le dehors, mes toiles aspirent également à cela… Je livre de moi ces traces de bleu, ces traces d’infini,  ces éclipses comme ce que j’ai de meilleur ou de pire. Et c’est si difficile parfois de creuser cette pâte des émotions pour déployer un monde.

Si je n’ai jamais cessé d’étudier avec d’autres j’ai appris à peindre en solitaire. La peinture reste pour moi un territoire de contingence, ou je peux laisser les choses se passer et les projets éclore librement, sans volonté de contrôle. Je laisse la peinture se faire, se dire, se taire. Je travaille les gouttes, la masse, les plis  à mesure que les couleurs surgissent. Contrairement à mes dessins étudiés aux Beaux-Arts, mes toiles partent des émotions senties et traduites en couleurs, de mon intériorité, elles demeurent plutôt abstraites. Elles dialoguent avec le réel à partir de ces émotions ressenties. Comme elles je me vois un être en chantier. Elles sont présentes et font partie du paysage. Comme des fenêtres,  l’on peut  y passer au-travers et aller au-delà.

 

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